Sur les marchés
Sur les marchés
Les Places financières accentuent leur verdissement
Le thème du développement durable continue son travail d’imprégnation de la finance. Poussant à la réalisation d’opérations d’une sophistication croissante, il devient un enjeu stratégique pour les acteurs du secteur.
C’est la raison pour laquelle Euronext muscle son dispositif en la matière. Cette semaine, il a enrichi sa gamme d’indices répondants aux critères ESG (environnement, social, gouvernance) et lancé une gamme d’outils à destination des investisseurs.
L’opérateur de plusieurs Bourses européennes, dont celle de Paris, a ainsi lancé "Euronext ESG 80", qui regroupe les 80 sociétés cotées les plus performantes en termes de transition vers une économie bas carbone. Concrètement, Euronext a d’abord sélectionné les 300 plus grandes capitalisations de la zone euro en respectant la représentativité sectorielle, pour assurer une liquidité suffisante à l’indice. Puis, en partenariat avec l’agence de notation extra-financière Vigeo Eiris Moody’s, l’opérateur a retiré les 20% les moins performants d’un point de vue social, puis les 20% les moins performants en termes de gouvernance. Il a ensuite exclu les entreprises des secteurs du charbon, du tabac et de l’"armement controversé" (comme les mines antipersonnel).
L’indice sera renouvelé tous les ans, mais des exclusions immédiates seront possibles en cas de manquement majeur. Air Liquide, Danone et Kering font partie des membres français de l’indice. En dehors de l’Hexagone, on compte notamment Deutsche Telekom, Nokia, Heineken ou encore Unilever. Les premiers contrats futures adossés au nouvel indice ont été lancés le 1er juin et leur négoce est animé par quatre market makers : BNP Paribas, DRW, Optiver et la Société Générale.
Par souci de cohérence, Euronext a également révisé l’indice prééxistant, le "Low Carbon 100". Créé en 2008, il est désormais "aligné" sur les principes de l’Accord de Paris sur les émissions de CO2 en permettant aux investisseurs de mener des stratégies conformes à cet accord international (baisse annuelle de 7% des émissions de CO2, hausse des températures limitée à 1,5° en 2050 et exclusion des énergies fossiles).
Euronext a également l’intention de développer son offre en direction des classes d’actifs bas carbone, en passant notamment des "obligations vertes" aux "obligations ESG", à spectre plus large. Mais aussi dans les "Blue bonds", liés à une économie durable des océans – Euronext a ainsi signé les Sustainable Ocean Principes du Pacte mondial des Nations unies.
En complément, l’opérateur boursier lance des services à ses clients et usagers (émetteurs et investisseurs) pour les aider dans leurs objectifs de "décarbonation" : une activité de conseil, un outil pour les roadshows (tournée des investisseurs) virtuels et un autre pour améliorer la gouvernance numérique, alors que la pandémie a montré l’importance vitale du numérique pour assurer la continuité des entreprises.
"Rebâtir nos économies offre une opportunité d'atteindre de meilleurs standards", a souligné lors d'une conférence téléphonique Stéphane Boujnah, le directeur général d'Euronext. Pour relancer l'activité, "il faut que les secteurs publics et privés travaillent ensemble" et Euronext "peut jouer un rôle central" dans ce contexte, a-t-il ajouté.
Les produits ESG prennent une place croissante sur les marchés réglementés. En 2019, 311 milliards de dollars d’obligations de cette famille ont été émis dans le monde, soit une hausse de… 55% par rapport à 2018. Sur les marchés européens, le montant levé a été multiplié par 2,7 par rapport à 2018, pour atteindre 120 milliards d’euros, selon Morningstar Direct.
Au premier trimestre 2020, les fonds durables ont collecté 30 milliards d’euros sur les marchés européens, malgré la crise sanitaire qui a secoué les marchés financiers. Euronext extrapole du coup une collecte annuelle d’environ 150 milliards d’euros. La demande est notamment facilitée par l’existence de normes désormais plus transparentes. L’opérateur (qui regroupe les Bourses de Paris, Amsterdam, Lisbonne, Bruxelles, Dublin et Oslo) est devenu la première Place de cotation mondiale pour les obligations vertes. Actuellement, la cote d’Euronext compte 221 green bonds, dont 20 ont été émises depuis le début de la pandémie de coronavirus. Elle compte également 3 obligations "sociales" (social bonds) et 11 sustainability bonds.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

