Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Fiat transige pour obtenir son prêt garanti massif
Après un mois de négociations compliquées, Fiat Chrysler (FCA) et l’Etat italien sont parvenus à s’entendre pour monter à ce jour le prêt de soutien le plus important du secteur automobile dans le contexte de la pandémie de Covid-19.
De nombreuses sources citées dans la presse indiquent que l’Etat italien a accepté que l’agence de crédit export italienne, la SACE, garantisse à 80% ce prêt à trois ans, d’un montant de 6,3 milliards d’euros. Lequel bénéficiera à Fiat, la filiale italienne de FCA. Comme prévu, c’est la première banque transalpine, Intesa Sanpaolo, qui apportera les fonds.
Le prêt est essentiel pour financer les activités du constructeur italo-américain dans la péninsule. Les désastreuses conséquences économiques des mesures de confinement mises en place par Rome dès le 9 mars sont venues s’ajouter à une situation déjà précaire : le constructeur emploie environ 60.000 personnes en Italie dans des usines surcapacitaires et parfois vieillissantes, et il perd de l’argent sur les marchés européens, malgré quelques succès indéniables comme la Fiat 500.
L’outil de production et le plan produits déficient ont d’ailleurs longtemps été un obstacle à une alliance avec un autre constructeur : étant donné que la valeur de FCA réside dans sa présence sur le marché américain avec Chrysler, tout futur allié ou repreneur subirait immanquablement le poids du boulet italien qu’est Fiat et serait confronté au défi politique de sa restructuration – un risque que la famille Agnelli s’est, tout aussi politiquement, refusée à prendre. À l’époque de l’annonce du mariage avec PSA, le marché avait d’ailleurs émis des doutes quant à la capacité des deux groupes à honorer leur promesse de ne procéder à aucune fermeture de sites en Europe tout en promettant 3,7 milliards d’euros de synergies, d’autant plus que l’Europe représente 88% des ventes de PSA.
Mais les difficultés de l’accord entre FCA et Rome résidaient dans les contreparties exigées par le gouvernement, sous la pression de l’opposition et de l’opinion publique. Si le constructeur, tout comme PSA, a déjà annulé le versement de son dividende au titre de l’exercice 2019, condition imposée en Italie à toute demande de soutien public, le sujet restait ouvert concernant les 5,5 milliards d’euros de dividendes exceptionnels que FCA doit verser à ses actionnaires préalablement à la fusion avec PSA à l’issue du processus de rapprochement. John Elkann, PDG d’Exor, le holding familial des Agnelli qui contrôle FCA, est du genre intransigeant en affaires et n’est pas homme à se faire imposer des conditions – comme l’atteste l’abandon de la vente de Partner Re à l’assureur français Covéa.
Selon les éléments qui ont fuité, même si l’accord doit encore être signé par le ministère de l’Economie italien, le dividende exceptionnel n’a pas été remis en cause. Mais FCA s’est engagé investir 5,2 milliards d’euros en Italie – soit 200 millions de plus que prévu ; il a également promis de ne pas délocaliser ni supprimer des emplois avant 2023. Mais étant donné sa situation, le constructeur n’avait guère le choix ; il a affirmé que le prêt était indispensable pour financer ses activités en Italie.
FCA risque des pénalités s’il ne tient pas ses engagements. Notamment une amende, ainsi que l’extension de la suspension des dividendes pour la durée du prêt garanti – soit trois ans.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

