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Les actionnaires de Michelin plébiscitent la baisse des dividendes
En mettant en lumière les inégalités, la crise du Covid-19 a entraîné les demandes de réduction, voire de suppression, des dividendes versés aux actionnaires. Le groupe Michelin n’échappe à la règle et avait annoncé vouloir réduire son dividende, initialement prévu à 3,85 euros par action, à hauteur de 2 euros par action. La chose a été entérinée à 99,63% des votes ce matin lors de l’Assemblée générale du groupe, diffusée en direct à 9 heure, distanciation sociale oblige. Dans la même veine, plusieurs dirigeants, dont le Président Directeur Général Florent Ménégaux, ont acté la baisse de leur rémunération de 25% sur les mois d’avril et de mai. Plus globalement, toutes les résolutions ont été approuvées par les actionnaires. On note notamment la nomination de Patrick de la Cheverdière au Conseil de Surveillance, directeur financier de Total depuis 12 ans. Après des débuts en tant qu’ingénieur forage sur sites pendant 7 ans dans l’entreprise pétrolière et gazière, ce-dernier "pense pouvoir à terme participer à des débats sur l’organisation industrielle du groupe et ses ambitions ".
Florent Ménégaux n’a pas manqué de remercier les actionnaires pour leurs votes, tout en en soulignant que "les bons résultats témoignent de l’accélération du déploiement de notre stratégie et de sa pertinence". Car les résultats, présentés par le directeur financier du groupe Yves Chapot pour l’année 2019, sont bons. Le groupe clermontois voit son chiffre d’affaire augmenter de 7,8% et dépasser les 24 milliards d’euros grâce à "l’excellente intégration de nos acquisitions" et la qualité de l’offre. Le résultat opérationnel des secteurs dépasse lui les 3 milliards d’euros (en hausse de 12%) permettant d’obtenir un bénéfice net consolidé de 1,73 milliards d’euros.
Pour autant, la crise économique, conséquence de la pandémie mondiale de covid-19, soulève de nombreuses questions pour Michelin alors même que les constructeurs européens prévoient une baisse du marché automobile de 25% en 2020. L’entreprise relate ainsi une forte dégradation des marchés durant la période - le marché pneumatique tourisme et camionnettes a ainsi perdu 26% en avril et 50% en mai, le marché poids lourds 21% sur les deux mois. Les ventes ont souffert pour atteindre 8,5 milliards d’euros en avril et une baisse en volume de 11,3%.
Si les réponses à la crise ont d’abord concerné la sécurité des salariés, elles ont ensuite consisté à assurer la stabilité financière du groupe. Aussi, les investissements ont été amputés de 500 millions d’euros, les augmentations de salaires gelées tout comme le programme de rachat d’actions. La réduction des dividendes permet elle d’économiser 330 millions d’euros. Néanmoins le flux de trésorerie était encore fin avril de 2,3 milliards d’euros, avec des crédit confirmés non tirés à ce jour à hauteur de 1,5 milliards d’euros. Des tests de résistances ont d’ailleurs étaient réalisés sur des hypothèses de baisse des ventes de 20 à 35% et ont confirmé que le recours à ces lignes de crédit ne serait pas nécessaire. Le prochain remboursement obligataire est prévu en septembre 2022, laissant une marge de temps confortable.
Florent Ménégaux a tenu à rassurer les actionnaires : "depuis le début de cette crise votre groupe a toujours été dans l’anticipation". Il tire trois leçons de la crise. D’abord, l’atout d’être un groupe mondial et diversifié qui apporte des capacités de mobilisation et d’anticipation, "n’en déplaise aux avocats de la démondialisation et du repli sur soi". Ensuite, la nécessaire accélération vers une économie plus verte, à l’image de la stratégie du groupe. Enfin, il faut "favoriser l’approche en écosystème et faire le pari de l’intelligence collective", chemin sur lequel s’est engagé Michelin selon lui et dont il va soutenir la dynamique. Il résume alors : "malgré la crise, Michelin n’a pas cessé de consolider sa stratégie et de regarder vers le futur". Les futures décisions stratégiques de l’un des fleurons industriels français sont donc à anticiper dans ces trois leçons d’une crise qui risque tout de même de secouer le deuxième fabricant mondial de pneumatiques.
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