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Jean Gandois / Décès

Décès de Jean Gandois, un destin de l’industrie française

L’ancien patron de Sollac, Rhône-Poulenc et Pechiney avait 90 ans. Il a joué un rôle central dans l’histoire industrielle hexagonale dans des années charnières.
Jean Gandois - (François BOUCHON / Le Figaro)
Jean Gandois - (François BOUCHON / Le Figaro)

L’une des figures du capitalisme industriel français est décédée vendredi dernier, à l’âge de 90 ans : il s’agit de Jean Gandois, dont l’avis n’a été publié dans le Figaro que ce matin.

Peut-être oublié des plus jeunes générations, il a piloté le destin de groupes français emblématiques dans les années 1970 et 1980 : dans l’ordre, Jean Gandois fut PDG de l’aciériste Sollac en 1975, de Rhône-Poulenc en 1979 et du géant de l’aluminium Pechiney en 1986, avant de prendre les rênes de CNPF (Conseil national du patronat français), le prédécesseur du Medef, en 1994.

Le destin de ces noms illustre à merveille la vague de la mondialisation qui a secoué l’industrie dans ces 30 dernières années. Sollac, devenue filiale d’Usinor puis d’Arcelor, a disparu dans la galaxie ArcelorMittal en 2006. La partie chimie de Rhône-Poulenc – Rhodia – a été acquise par le belge Solvay en 2011, la partie agrochimie a été vendue à Bayer en 2002, tandis que l’activité santé a formé en 1999 avec Hoechst, Rorer, Marion et Fisons le colosse Aventis, racheté en 2004 par le français Sanofi. Quant à Pechiney, après une fusion ratée avec le canadien Alcan et le suisse Algroup en 2000, il se retrouve en situation de fragilité et ne peut empêcher de se faire racheter par… Alcan, puis dépecer.

Jean Gandois n’était plus aux commandes au moment de ces évolutions radicales, mais il a vécu la période précédente, toute aussi profonde : celle des plans sociaux massifs qu’a vécu l’industrie lourde, alors que beaucoup des entreprises dont il avait la charge étaient encore nationalisées. Confrontées à la concurrence asiatique notamment, structurellement en sureffectifs, celles-ci subiront sous l’autorité de Jean Gandois une centaine de milliers de suppressions de postes. Un nombre qu’il a toujours assumé, estimant que la casse aurait été bien pire plus tard si rien n’avait été fait (300.000, déclare-t-il à Daniel Karlin dans un documentaire diffusé sur Arte en 1996).

La fin de son mandat chez Pechiney en 1994, pour avoir atteint l’âge limite dans les statuts des entreprises nationalisées, ne signifie pas retraite : il poursuit son mandat de président du belge Cockerill-Sambre et, surtout, se fait élire président du CNPF dans la foulée. Il est favorable à la hausse des salaires en mars 1995 et, en décembre de la même année, soutient la revendication d’un départ précoce à la retraite des conducteurs de métro. Au point de susciter de fortes oppositions au sein de l’organisation patronale. Mais sa mission revendiquée pour l’"entreprise citoyenne" prend fin avec la loi sur les 35 heures. Estimant avoir été trahi – le gouvernement lui aurait promis qu’elle ne serait pas obligatoire – Jean Gandois claque la porte de l’organisation patronale. Un comble alors que la ministre du Travail Martine Aubry, à l’origine de cette loi, avait été sa directrice adjointe chez Pechiney entre 1989 et 1991. Martine Aubry qui a rendu hommage à Jean Gandois dans un tweet aujourd’hui : "Un vrai capitaine d'industrie qui a toujours mis l'économie avant la finance et a développé un double projet économique et social", a-t-elle écrit.

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