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M&A, fusions acquisitions

Entreprises / Actions

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La crise a aiguisé les appétits des entreprises

Après un temps d’arrêt, les fusions-acquisitions sont reparties à un rythme rapide, notamment pour les grosses opérations.
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La crise sanitaire a indéniablement perturbé les opérations de fusions-acquisitions. Pourtant, les annonces, ces dernières semaines, de transactions de plusieurs milliards d’euros ou dollars démontrent in fine une résistance importante des entreprises dans leurs velléités de croissance externe.

Le manque de visibilité dans les premières semaines qui ont suivi la mise en place des mesures de confinement à travers le monde a littéralement glacé les banquiers d’affaires et leurs clients : les projets ont été gelés et certaines discussions ont ralenti.

L’effondrement des Bourses au cours du premier mois, puis les résultats logiquement calamiteux affichés par les entreprises au premier semestre ont poussé certains à annuler leur opération (à l’image de l’assureur français Covea sur Partner Re pour 9 milliards de dollars ou, en beaucoup plus petit, du fonds LFPI, renonçant à acquérir Document Store pour 70 millions d’euros). La façon la plus facile est d’invoquer la clause MAC (material adverse change, ou changement significatif défavorable) si elle a été prévue dans le contrat. Plus de 15 milliards de dollars de transactions ont ainsi été annulées par consentement mutuel au premier semestre en raison de la pandémie.

D’autres prétendants ont tenté, avec plus ou moins de succès, ou tentent de revoir les termes de leur accord (tout récemment Alstom avec Bombardier Transport), ou y ont au moins réfléchi (LVMH concernant Tiffany), face à la volatilité du marché actions – qui bouleverse les calculs de valorisation – et la difficulté d’établir un business plan prévisionnel pouvant servir de base à valoriser la cible. Certains, estimant ne pas avoir obtenu suffisamment d’informations de la part de la cible sur les effets de la crise sur son activité, ont recours aux tribunaux, à l’instar d’EssilorLuxottica, qui a engagé des poursuites contre le néerlandais GrandVision.

Mais la période de crise a également créé des opportunités pour les entreprises les mieux capitalisées ou dans les secteurs sortis renforcés par la crise (santé, technologies), tandis que d’un point de vue général, les protagonistes ont probablement estimé que la pandémie aurait une fin et qu’elle ne saurait remettre en cause les choix stratégiques motivant les opérations de croissance externe.

Le premier semestre montre malgré tout une activité bien inférieure cette année par rapport à 2019, les premières semaines de la pandémie ayant produit leur effet : selon les statistiques mondiales de Dealogic, 1.137 milliards de dollars de transactions ont été annoncées au cours de la période, soit près de deux fois moins qu’un an plus tôt (2.184 milliards). Des 10 principales opérations annoncées au cours du semestre, une seule l’a été au mois d’avril (et encore, il s’agissait de la vente par la Banque centrale de Russie de 50,6% du capital de Sberbank au fonds souverain Russian National Wealth Fund, des institutions dépendant des pouvoirs publics) et aucune en mai ni juin.

Mais les banquiers et les responsables du M&A des entreprises se sont rapidement remis à l’ouvrage, signe que la crise n’a pas entamé la réflexion et que le troisième trimestre pourrait signer un redémarrage en fanfare. En témoigne la série de méga-deals récemment annoncée : l’acquisition dévoilée mercredi de l’opérateur télécom helvétique Sunrise par Liberty Global pour 6,3 milliards de francs suisses, celle des stations-services Speedway de Marathon Petroleum par le japonais Seven & I pour 21 milliards de dollars, ou encore du fabricant de semi-conducteurs Maxim Integrated Products par son concurrent Analog Devices, pour un montant similaire. Ainsi, pas moins de huit transactions d’une valeur supérieure à 10 milliards de dollars ont été signées entre le début du mois de juillet et le 9 août. Selon Refinitiv, il s’agit du plus rapide démarrage de second semestre depuis 2007, dernière année avant la grande crise financière.

D’un point de vue général, les chiffres du mois de juillet montrent une activité supérieure par rapport à l’année dernière : 375 milliards de dollars de transactions ont été annoncées à travers le monde le mois dernier, contre 341 milliards en juillet 2019, selon la recension de Dealogic. Le début du mois d’août montre également une activité solide : les transactions annoncées entre le 1er et le 13 août représentent 131,5 milliards de dollars, contre 138 à la même période un an plus tôt. La plupart des grandes opérations annoncées impliquent, d’une manière ou d’une autre, des entreprises américaines.

Le mouvement va-t-il continuer, alors que la pandémie avait interrompu six ans d’intense activité dans le M&A ? Tout dépendra du maintien de la confiance des entreprises et des conditions de financement favorables – les Banques centrales et les pouvoirs publics étant au chevet de l’économie depuis la crise sanitaire. Dans ce contexte, la survenue d’une deuxième, voire troisième vagues de contamination, ainsi que leur ampleur joueront un rôle déterminant dans l’état d’esprit et l’audace des chefs d’entreprise.

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