Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Banques US : 215 milliards de dollars de provisions supplémentaires
Lors de la dernière crise financière qui a provoqué la faillite de Lehman Brothers, les banques américaines ont été applaudies pour avoir très rapidement pris leurs pertes, via des provisions massives, et ont su rebondir plus rapidement que leurs consœurs européennes. Pour autant, la situation est bien différente dans le cas de la crise du coronavirus, dont les effets seront à la fois plus larges et se feront sentir avec plus de retard, en raison des aides publiques exceptionnelles allouées les premiers mois. A ce sujet, l’agence de notation S&P a sorti une note dans laquelle elle estime que les institutions américaines devront passer 330 milliards de dollars de provisions.
On est encore loin du compte. Selon S&P, les banques d’outre-Atlantique ont passé 115 milliards de dollars de provisions au premier semestre, certes un "progrès majeur vers l’absorption des pertes sur prêts qui résulteront probablement de la récession économique". Mais dans le scénario de base de l’agence de notation, soit un taux de défaut sur créances de 3 %, ces mêmes institutions devront se résoudre à encaisser 215 milliards supplémentaires. Et cela, dans un cas de figure central où le pays ne subit pas de deuxième vague importante, qui oblige d’autres Etats à stopper leur déconfinement comme cela s’est produit au printemps dernier, et qui suppose une poursuite des aides gouvernementales pour éviter une explosion des faillites. Et selon S&P, "la performance va varier de banque à banque, dépendant de la qualité de leurs prêts et des montants de pertes, mais aussi de la suffisance de leurs provisions au deuxième trimestre" ; les grandes banques apparaissent comme plus agressives sur ce front, car les petites banques auront probablement moins de pertes sur leurs profits nets.
Dans le détail, S&P a établi son scénario de base à environ la moitié du taux de défaut de 6,3 % qui est ressorti des stress tests 2020 de la Réserve fédérale américaine sur 33 banques. Un cas de figure qui serait bien moins grave que la crise précédente, où les banques avaient publié 5,5 % de provisions sur leurs crédits en 2008-2009, et plus de 5 % en 2009-2010, puis encore 1,6 % en 2011. S&P intègre les projections économiques suivantes établies par les économistes : une contraction de 5 % du PIB américain cette année et un rebond de 5,2 % l'année suivante. Tout en sachant qu’il est pour le moment très difficile de faire des prévisions précises, étant donné que les mesures d’aides publiques comme le Paycheck Protection Program et les allocations-chômage, qui ont aidé à prévenir un essor des taux de défaut.
Dans le scénario projeté par S&P, malgré ces 330 milliards de dollars de provisions, les banques américaines resteraient profitables, mais à peine. Tout dépendra bien sûr de leur exposition globale et par secteur. En outre, tout dividende et augmentation de leur bilan pèseraient sur leurs ratios de capital. De ce point de vue, la Fed requiert que les dividendes n’excèdent pas en moyenne le résultat net de l’institution sur les quatre derniers trimestres.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

