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Arnaud Lagardère ferme la porte à Vincent Bolloré
Si le mois d’août s’est pour le moment déroulé très calmement sur les marchés, le dossier brûlant de l’été sur la cote parisienne concerne bien sûr Lagardère. Après l’alliance surprise, la semaine passée, entre Vivendi et Amber Capital – qui détiennent ensemble près de 45 % du capital - afin d'obtenir quatre sièges (sur douze) au conseil de surveillance, le groupe de médias vient de répliquer. À la suite d’une réunion du conseil lundi, il a fait deux annonces, qui démontrent à la fois l’absence de tout projet stratégique, mais aussi sa volonté d’opposer une résistance obstinée à toute demande de changement ; et plus que cela : une certaine goujaterie. Puisqu'il ne prend même pas la peine de répondre aux demandes de Vincent Bolloré qu'il a pourtant été chercher pour voter en sa faveur lors de la dernière assemblée générale des actionnaires.
Lundi soir, Lagardère a publié un communiqué dans lequel il a annoncé sa volonté de développer ses deux activités les moins touchées par la crise du coronavirus : le Travel Retail qui est qualifié de "moteur de croissance" du groupe, et pour lequel il compte "adapter son modèle concessif pour gagner en agilité et en flexibilité vis-à-vis de ses partenaires commerciaux", et l’édition (Publishing), "moteur de puissance" car troisième éditeur privé dans le monde, qui pourrait tirer parti des "nombreuses opportunités de consolidation à court terme". Et sur les autres activités les plus affectées que sont les médias et spectacles, le groupe affiche simplement l’ambition de les gérer de façon à "en optimiser la valeur", sans plus de précisions.
Pour mettre en œuvre ce projet stratégique aux contours encore flous, le groupe a créé un comité de gérance, qui n’est rien d’autre que le comité exécutif, auxquels se joignent les deux responsables de ces activités, Arnaud Nourry et Dag Rasmussen, dirigeants respectifs de Lagardère Publishing et Lagardère Travel Retail. Surtout, Lagardère a renchéri à l’encontre de ses deux principaux actionnaires, en décidant, par anticipation et à la quasi-unanimité, le renouvellement du mandat d’Arnaud Lagardère à son mandat de gérant pour quatre ans. Dont l’approbation de Nicolas Sarkozy.
Lagardère n’aura donc pas attendu le courrier de Vivendi et Amber Capital, qui réclament la convocation de l’assemblée générale et un vote sur la nomination de quatre représentants au conseil de surveillance, pour répliquer. Vincent Bolloré, qui ne veut pas entendre parler du projet d’acquisition de Simon & Schuster – prévoyant la création d’une sous-holding financée par des investisseurs et la reprise de l’actif par ces derniers en cas de changement de contrôle ou de gouvernance de Lagardère – ne devrait pas en rester là et va continuer à monter au capital, près du seuil des 30 %. Quant à Arnaud Lagardère, qui s’est résolu à publier l'étendue de sa dette personnelle qui se compte en centaines de millions d’euros, il confirme ainsi sa volonté de poursuivre sa gestion désastreuse du groupe familial (il a brûlé 500 millions d'euros de cash depuis le début de l'année).
Tout cela, vraisemblablement avec l’appui de Bernard Arnault, qui a signé un accord afin d'acquérir 26,7 % de la holding Lagardère Capital & Management pour 80 millions d'euros. Une opération qui est loin d'être finalisée, tant les avocats doivent faire le ménage dans cette holding.
Face au refus implicite de Lagardère de convoquer une assemblée générale ordinaire afin de coopter quatre nouveaux administrateurs, la prochaine étape devrait être une saisine du tribunal de commerce. Même si Nicolas Sarkozy se démène pour jouer les casques bleus entre Arnaud Lagardère et son ami Vincent Bolloré, les autres actionnaires que sont le Qatar et la Caisse des Dépôts, pourraient bientôt entrer dans la danse et donner eux aussi de la voix. D'autant qu'ils n'ont voté en faveur d'Arnaud Lagardère, en mai dernier, uniquement parce que Rothschild & Co leur avait promis un abandon du statut de société en commandite. Projet qui a été enterré avec l'entrée de Bernard Arnault au capital de LC & M.
En agissant ainsi, non seulement Arnaud Lagardère témoigne de son ingratitude à l'égard de son voisin de la Villa Montmorency, Vincent Bolloré, qui l'a sauvé en mai dernier en lui claquant la porte au nez et en menant même une opération hostile avec le rachat de Simon & Shuster. Mais surtout de son immaturité. Il devrait savoir, que quel que soit le temps nécessaire, et quelle que soit la méthode, l'industriel breton arrive toujours à ses fins. Surtout, maintenant que chacun connait sa situation financière personnelle, et l'inadéquation entre l'ampleur de son train de vie et l'immensité de son passif, Arnaud Lagardère ferait mieux de composer plutôt que d'oublier ceux qui lui ont rendu service il y a seulement trois mois. Car plus dure sera la chute… !
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