Feuilleton de l'été
Feuilleton de l'été
Série d’été – Ils et elles vont construire le monde d’après – Julien Marcilly
"Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attiré par l’actualité en général". Un désir de journalisme, donc ? "C’est en effet le métier auquel je pensais", reconnaît Julien Marcilly. Un vif intérêt pour l'actualité constituera ainsi le point d'entrée de Julien Marcilly dans l'économie. Discipline à laquelle il est très vite confronté durant son cursus secondaire et qui pique sa curiosité. Toutefois, l’un des éléments déclencheurs semble être son entrée en Prépa HEC à Henri-IV, durant laquelle il suit les enseignements d’un professeur "passionnant", qui ne fait que renforcer son attrait naissant pour cette science sociale. Au terme de deux ans de classes préparatoires, il réussira à intégrer l’ESCP.
Lors de ses études au sein de la plus ancienne école de commerce du monde, il rencontre Jean-Marc Daniel, un professeur d’économie - ainsi qu’essayiste à succès - au bagout atypique et à la connaissance monstre de l’histoire économique : "il fait partie des professeurs qui m’ont marqué dans mon parcours". À deux reprises, le professeur d’économie répondra favorablement à l’invitation de son ancien élève à participer au colloque risque-pays qu’organise Coface chaque année, "c’était un joli symbole et il a fait l’unanimité en clôture du colloque", se souvient Julien Marcilly.
Pour ce père de deux filles, les années en école de commerce ont été l’occasion de faire deux stages en tant qu’économiste, d’abord à la Banque de France où il travaille notamment sur la Turquie - "à l’époque il était question de son entrée dans l’Union européenne" -, et le second chez BNP Paribas, "ma première expérience de risque-pays essentiellement centrée sur les économies émergentes". À l’ESCP, l’économiste en chef aujourd'hui âgé de 38 ans apprécie l’atmosphère internationale. Il en profite pour partir en Inde et également aux Émirats arabes unis, à Dubaï plus précisément, où il fera un stage en tant que Business Development Analyst dans le groupe Chalhoub, le plus grand opérateur de vente au détail du Moyen-Orient.
Au sortir de l’ESCP, il fait le choix d’entrer à l’Université Paris-Dauphine pour étudier la macroéconomie internationale plus en détail. A la suite de ce master, il est recruté en tant qu’économiste au sein de la société de gestion d’actifs de la Société Générale : Société Générale Asset Management (SGAM), juste avant sa fusion avec Crédit Agricole Asset Management (CAAM) qui donnera naissance au géant Amundi. S’ouvre alors à lui l’opportunité de réaliser une thèse CIFRE, un dispositif permettant aux doctorants d’évoluer en entreprise pendant leur thèse. C'est "le compromis parfait qui m’a permis d’approfondir mes connaissances en macroéconomie, tout en continuant d’acquérir de l’expérience professionnelle", indique-t-il. Tout au long de son parcours universitaire et professionnel, un attrait pour les émergents semble s’être dessiné : "ils représentent la diversité, la complexité du monde ; c’est au sein de ces économies que les changements sont visibles le plus rapidement et c’est donc très stimulant intellectuellement". Cela influencera évidemment le choix de son sujet de thèse qui remportera l’assentiment de SGAM : les marchés obligataires asiatiques en monnaie locale. "L’Asie était précurseur dans le développement des marchés financiers obligataires locaux par rapport à d’autres zones émergentes", justifie-t-il.
Peu avant de soutenir sa thèse alors réalisée aux trois quarts, il met le cap sur New York et suit celle qui deviendra plus tard sa femme. Il évolue alors au sein d’un gestionnaire d’actifs où il travaille, dans la lignée de sa thèse, sur la dette émergente. Deux années s'écoulent et son employeur éprouve des difficultés. "L’entreprise avait mal pris le virage de la reprise aux Etats-Unis", raconte-t-il. Coface lui propose alors de s’occuper du risque pays émergents, et à la suite d’un entretien iconoclaste avec le DRH du groupe français dans un Starbucks new-yorkais, il signe son retour dans l’Hexagone. Quelque temps après, l’expert de l'assurance-crédit internationale le nomme, à 32 ans, économiste en chef.
Aujourd’hui à la tête d’une équipe comportant une douzaine d’économistes dont la moitié est éparpillée un peu partout dans le monde, Julien Marcilly explique que sa profession requiert une forte curiosité et un haut niveau d’adaptation, en ce sens que la nature des perturbations affectant l’économie a changé. "La théorie des cycles était celle qui prévalait lorsque j’étudiais l’économie, les récessions avaient une origine endogène. Aujourd’hui, nous sommes entrés dans une période où les économies subissent des chocs exogènes qui peuvent être climatiques, politiques ou même sanitaires comme on le voit aujourd’hui", détaille-t-il. Ainsi, les économistes se doivent de trouver de nouveaux indicateurs afin de mesurer au mieux les impacts de ces nouveaux chocs, puis s’efforcer de déduire quels seront les changements de comportement des entreprises comme des consommateurs. Un enjeu crucial pour Coface, qui en tant qu’assureur crédit se doit de déceler les ruptures de tendance qui peuvent affecter l’économie mondiale.
Que peut alors nous dire l’économiste en chef sur la crise que nous vivons ? "Les deux éléments qui devront faire l’objet d’une attention particulière pour la sortie de crise seront d’une part, l’inquiétude des entreprises et des ménages, plus précisément leur propension à épargner, d’autre part, il y aura le versant politique, c’est-à-dire la frustration sociale qui pourrait naître d’une telle crise et donc influer sur le rythme de la reprise".
Quand on évoque avec lui sa vie professionnelle future, ce fan de The Wire avance ne guère goûter les plans de carrière et est finalement mû par un seul désir : "avoir une meilleure compréhension du monde qui m’entoure au bénéfice des acteurs du commerce mondial".
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