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Pascal Confaveux portrait

Feuilleton de l'été

Feuilleton de l'été

exclusif Série d’été – Ils et elles vont construire le monde d’après – Pascal Confavreux

EXCLUSIF. Féru d’histoire et passé par le Quai d’Orsay, ce jeune normalien et énarque est de ceux qui, auprès d’Emmanuel Macron, ont participé à la conception du tant attendu plan de relance de 100 milliards d’euros.
Pascal Confavreux - DR
Pascal Confavreux - DR

"C’est là où j’ai énormément appris". Lorsqu'il s'agit d'évoquer cette exception française que sont les classes préparatoires, Pascal Confavreux les définit comme un lieu où "l'on apprend à réfléchir". Après deux années en B/L - une hypokhâgne à la couleur très scientifique - au lycée du Parc, il réussit, avec un an d’avance, à intégrer l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.  

Au sein de "l'École soi-disant normale et prétendument supérieure", selon le mot de Paul Nizan, ce fils de médecins jette son dévolu sur l’histoire. Il passe, dans ce sens, un master à Paris I et Paris IV, où ses deux mémoires portent sur les frères de roi de la fin du XVIe siècle et du début du XVIIe siècle : "des livres existaient sur les dauphins, les reines de France, mais pas grand-chose encore sur les frères de roi", avance-t-il. Pascal Confavreux pourrait passer des heures à évoquer ces destins à côté desquels la royauté est passée. Ce sont les trajectoires de Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, et Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV, qui suscitent son intérêt et nourrissent ses recherches à la croisée de l’histoire sociale et politique. Mais l'histoire n'est pas la seule discipline à laquelle ce Lyonnais pur sucre se frotte. En effet, il fréquente l'École d'économie de Paris et croise la route d’éminents universitaires, tels que Daniel Cohen. En outre, Pascal Confavreux étudie le chinois pendant trois ans et passe même cinq mois en Chine. 

En 2008, alors qu’il est sur le point d’entamer sa troisième année rue d’Ulm, se pose la question de se présenter au concours de l’agrégation. Toutefois, "je ne souhaitais pas nécessairement évoluer dans l’enseignement", et la recherche lui apparaît comme "un exercice peut-être un peu trop solitaire". Il décide donc - en parallèle de Normale Sup’ - d’intégrer Sciences-Po et son master Affaires publiques. Son désir de devenir haut fonctionnaire s’expliquant en partie par les rencontres qu’il a faites lors de son séjour dans l’Empire du Milieu, notamment en côtoyant d’anciens énarques devenus diplomates.  

Au sortir de Sciences-Po, alors âgé de 23 ans, il parvient à ses fins en entrant à l’Ena. Élève de la promotion Marie Curie, il retient essentiellement de ces deux années les trois stages qu’il réalise. D’une part, il passe six mois auprès de Dominique Dupilet, le Président du conseil général du Pas-de-Calais, attiré par le fonctionnement des collectivités territoriales. D’autre part, il signe son retour en Asie, en Inde plus précisément, où il effectue un stage en ambassade. Enfin, il fait un passage à la Société Générale, où il travaille, aux côtés de Patrick Suet, le secrétaire général d’alors, sur des questions ayant trait à la gouvernance et à la parité. La scolarité à l'ENA terminée, vient le moment crucial de choisir quel Corps intégrer. Il ne met pas grand temps à se décider, ce sera celui des Conseillers des affaires étrangères. 

Ainsi, il rejoint la Direction des entreprises et de l’économie internationale (DEEI), une division du Quai d’Orsay tombée en désuétude et ressuscitée par Laurent Fabius alors ministre des Affaires étrangères. Pendant un an et demi, il est directeur de cabinet de Jacques Maire, le directeur de la DEEI. Par la suite, il est nommé chef du bureau des secteurs prioritaires à l’export, "avec une dizaine de personnes dans l’équipe, on a tenté de mettre au point des solutions pour renforcer la position de la France à l’exportation". L’agroalimentaire, le numérique, la santé et tout ce qui a trait au développement urbain durable, sont les secteurs sur lesquels se concentrent les efforts.

Prenant l’exemple de la santé, Pascal Confavreux explique que "la France a souvent été contactée par de nombreux pays, comme le Mexique, pour son expertise en administration hospitalière, ou pour la gestion d’institution comme le SAMU". C’est à l’occasion de cette problématique spécifique liée au secteur de la santé qu’il rentre en contact avec le cabinet d’un certain… Emmanuel Macron, alors tout jeune ministre de l’Economie. "L’on s’est aperçu que les hôpitaux publics français n’avaient pas le droit de créer une filiale à l’étranger pour valoriser leur expertise", détaille-t-il, ce qu’a permis la loi Macron.

Au Quai d’Orsay, Pascal Confavreux effectue également une mission pour le Conseil de promotion du tourisme - créé à l’initiative de Laurent Fabius - sous le haut patronage de son président délégué Philippe Faure, ancien secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et fils du résistant Maurice Faure. "Le but était de déterminer la stratégie touristique de la France. Laurent Fabius a eu le flair politique d’estimer que le tourisme était une affaire d’Etat". Le tourisme dispose de nombreux leviers sur lesquels l’Etat peut agir pour doper ses performances : "accélérer l’attribution de visas et promouvoir massivement la France à l’étranger ont des effets extrêmement significatifs sur les flux de touristes étrangers." Durant sa mission, il se lie avec l’un des membres du Conseil de promotion du tourisme : Augustin de Romanet.

Séduit par la personnalité du président d’ADP et intrigué par l’aéroportuaire, il accepte sa proposition de rejoindre l’entreprise en qualité de conseiller. "C’est un métier en train d’être complètement repensé ; les aéroports étaient au départ de pures infrastructures. Ils deviennent désormais, peu à peu, de véritables lieux de vie, des villes aéroportuaires", analyse Pascal Confavreux. Chez ADP, il est "très demandeur d’être dans l’opérationnel, car c’est là qu’on comprend le fonctionnement d’une entreprise" et on lui confie la tâche d’assurer – en gilet orange – la coordination sur la plateforme de Roissy de l’accueil de la ligne 17 et du CDG Express. Il s'attelle également à des analyses prospectives : "je devais fournir des idées sur les évolutions profondes à l’œuvre dans le secteur de l’aéroportuaire".

Un an et demi plus tard, à la faveur des élections présidentielles de 2017, il est appelé aux cabinets d’Edouard Philippe et d’Emmanuel Macron. Il fait partie de ces "conseillers partagés" qui ont un pied à Elysée et l’autre à Matignon. Jusqu’en juillet 2019, il est "partagé" depuis Matignon (ce qui signifie qu'il y passe le plus clair de son temps), où il est conseiller technique diplomatie économique. Puis, son rôle change et son barycentre devient l’Elysée, où on lui confie notamment le portefeuille des entreprises en difficultés. Entre-temps, la France est entrée dans l’une de ses plus terribles récessions et ce qui était à l’origine un "petit portefeuille", croît sensiblement et l'incite à se recentrer très largement sur le territoire national. Par ailleurs, en plus d’avoir en charge l’attractivité et l’export, il suit plusieurs industries pour l’Elysée telles que la santé, les industries culturelles et créatives et… le tourisme, domaine qu’il connaît très bien au regard de ses travaux réalisés sous l’égide de Philippe Faure, qui lui "donné les clés du secteur". Pascal Confavreux a d’ailleurs été l’un des architectes du plan d’urgence de 18 milliards d’euros annoncé en mai dernier et destiné au secteur du tourisme, particulièrement mis à mal par la crise.

Alors que l’annonce du plan de relance de 100 milliards d’euros aura lieu dans sept jours, il indique à son propos que "toutes les équipes ont énormément travaillé durant l’été " et précise que "lors de sa conception, on s’est efforcés d’orienter les fonds vers des dépenses d’investissement, produisant des effets rapides, transformantes pour les secteurs et leur permettant de se projeter vers l’avenir. Une crise peut aussi être une source d’opportunités". Si à court terme l’économie française va tanguer, elle ne sombrera pas. "Collectivement, on va connaître des prochains mois très compliqués. De notre côté, on est extrêmement conscients de la difficulté qui arrive et, évidemment, le plan de relance est le produit de cela", fait-il valoir.

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