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La pointe d’optimisme d’Eiffage
Après l’aérien et le tourisme, la construction fait partie des secteurs dont les résultats semestriels sont attendus en berne, affectés par de longues semaines de confinement et l’absence de tout déplacement non indispensable. Eiffage, le numéro trois français du BTP et des concessions, n’a pas échappé à la règle : le groupe a publié un chiffre d’affaires semestriel en repli de 18,9 % à 6,9 milliards d’euros, et a estimé la perte de chiffre d’affaires sur son activité travaux, de la mi-mars à fin juin, à 1,4 milliard d’euros. Si bien que sans l’effet direct de la pandémie sur cette branche qui représente plus de 80 % de ses revenus, ces derniers auraient été stables.
Le choc est encore plus notable sur le résultat opérationnel du groupe, en repli de 68 % à 262 millions d’euros, soit une marge opérationnelle en chute de 6 points, à 3,8 %. C’est en particulier la construction (-2,1 %) qui a pesé sur les performances, puisque les arrêts de chantier n’ont pas "permis de couvrir les frais fixes de structure et les moyens de production, non pris en charge par les clients". Mais le groupe assure également avoir repris l’activité dans le respect des conditions sanitaires, un processus qui a certes affecté la productivité mais que le groupe s’est attelé à réduire. Même chose du côté des travaux, où la baisse de la rentabilité, soit 260 millions d’euros, est intégralement attribuable à la pandémie. Du côté des concessions, la marge opérationnelle a aussi été réduite (36,2 % contre 51,6 % en 2019) en raison de la réduction drastique du trafic autoroutier chez APRR et aéroportuaire. Obligé d’assurer un service minimum dans ces services, Eiffage n’a pu qu’intégrer ces coûts de fonctionnement, malgré un trafic historiquement bas.
Au final, Eiffage affiche donc une perte de 8 millions d’euros sur le semestre, contre un profit de 290 millions l’an passé. Si le groupe a vu son cash flow libre se creuser logiquement au premier semestre (373 millions d’euros contre 135 millions l’an passé), il garde une structure financière solide, avec 4,6 milliards d’euros de liquidité, et 3,3 milliards pour APRR. Le groupe a profité de la fenêtre de tir obligataire en plaçant une émission de 500 millions d’euros, à échéance 2027.
Surtout, le groupe dirigé par Benoît Ruffray a affiché des perspectives encourageantes. Le carnet de commandes de son activité travaux est à un niveau "historiquement élevé", à 17,1 milliards d’euros, en hausse de 15 % sur un an, grâce au rattrapage du premier semestre mais aussi à l’obtention de trois contrats majeurs : la future autoroute A79 en France, autoroute A3 en Allemagne, ligne à grande vitesse HS2 au Royaume-Uni). Eiffage mise donc sur un redressement sensible de son activité, qui ne sera que "légèrement inférieure" à 2019 au deuxième semestre. Après Vinci, qui anticipait une baisse moins significative de son activité sur la deuxième partie de l’année, les acteurs de la construction semblent vouloir croire à une reprise graduelle mais pérenne du secteur, en l’absence d’une forte deuxième vague d’ici à l’automne. À cet égard, le ton et les prévisions du leader français Bouygues ce jeudi matin seront scrutés de près par les experts du secteur.
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