Politique économique
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Le langage de vérité de Geoffroy Roux de Bézieux
Le patron du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux, a réitéré hier son appel à rouvrir le débat sur le temps de travail, après avoir déjà suscité un tollé en évoquant ce sujet durant le confinement. "Je pense qu’il faudra rouvrir le débat" lorsque reprendront les négociations sur la réforme des retraites, c’est-à-dire "pas maintenant", mais "pas non plus en 2022", a-t-il affirmé en ouverture de l’université d’été du Medef à l’hippodrome de Longchamp, juste avant l’intervention du Premier Ministre.
Cette revendication exprimée haut et fort est courageuse lorsque l’on se souvient de quelle manière l’idée de "travailler plus" soulevée par le président du Medef en pleine période de confinement avait suscité les critiques de la gauche et de la droite réunies.
Si Geoffroy Roux de Bézieux a décidé d’enfoncer le clou sur ce sujet, c’est pour deux raisons. D’abord parce que comme le disait Winston Churchill : "il ne faut jamais gâcher une bonne crise". Et si cette épreuve du coronavirus qui plonge le monde entier dans la récession et qui ne sera effacée que dans deux ou trois ans, doit servir à quelque chose, c’est à rebattre les cartes de schémas établis et qui ne fonctionnent pas. Cela fait vingt ans maintenant que la France subit cette idée sotte et fausse du partage du temps de travail, inspirée par DSK et mise en œuvre par Martine Aubry. Un postulat établi sur aucune validation macroéconomique. En revanche depuis 1999, plusieurs études académiques ont montré que l’instauration des 35 heures n’avait créé aucun emploi. Au contraire elle a renchéri le coût du travail en France.
La seconde raison qui amène le patron du Medef à rouvrir ce dossier que Jacques Chirac considérait comme un "acquis social", c’est que jamais un gouvernement n’a été aussi loin que celui d’Édouard Philippe, puis celui de Jean Castex dans "la politique de l’offre". C’est ainsi que l’on désigne l’ensemble des mesures destinées à soutenir l’activité des entreprises plutôt que la demande des ménages. Au début de cette crise, certains voulaient pousser Emmanuel Macron à faire une croix sur la politique de l’offre qu’il avait mise en œuvre depuis 2017, créant ainsi 500 000 emplois en trois ans. Ils demandaient une hausse de la fiscalité, des augmentations de salaires tous azimuts, voire des nationalisations. Heureusement le Chef de l’État n’a pas cédé. Et hier Jean Castex a annoncé une baisse de 10 milliards d’euros des taxes sur la production ainsi qu’une poursuite de la baisse de l’impôt sur les sociétés.
L’un des paramètres de la politique de l’offre, c’est de faire en sorte que la création de richesses par les entreprises profite à l’ensemble du pays. Mais cette création de richesses sera plus forte et plus rapide si les Français peuvent travailler davantage. En temps et en quantité globale de travail sur toute une vie.
Peut-être n’était-ce pas le bon moment de parler de cela en plein confinement alors que la moitié des salariés se trouvaient en chômage partiel et plus de 5 millions de Français en télétravail ? Mais aujourd’hui cette revendication ne choque personne et est parfaitement légitime. Elle sera reçue cinq sur cinq à l’Élysée où Emmanuel Macron avait dénigré les 35 heures avant même d’être élu Chef de l’État. Toute la question est de savoir si l’on peut rouvrir un tel débat à 600 jours de la présidentielle.
Une chose est sûre, après cette crise – qui est loin d’être terminée – plus personne ne travaillera comme avant. Il y aura davantage de télétravail, davantage de prise en compte des questions sanitaires, un autre regard sur ceux que l’on appelle les "premiers de corvée". Et c’est à l’occasion d’un très vaste débat sur la nouvelle organisation du travail, à laquelle devront prendre part des économistes, des sociologues, des médecins, des philosophes et bien sûr des salariés et des employeurs, que pourra surgir une remise à plat des tabous qui entourent le sujet du temps de travail. En espérant que ce débat ait lieu le plus tôt possible, car il sera déterminant pour le rebond de la croissance française.
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