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Arkéa doit aller de l'avant
Pour une fois depuis de long mois, la banque Arkéa fait parler de lui en dehors de son projet d’indépendance chimérique vis-à-vis du groupe Crédit Mutuel. Et c’est tant mieux : l’enterrement de ses velléités sécessionnistes va lui permettre de concentrer son énergie sur ses métiers : la banque, le crédit à la consommation, l’assurance et le capital-investissement.
D’autant qu’au premier semestre, la caisse fédérale réunissant le Crédit Mutuel de Bretagne (CMB) et celui du Sud-Ouest a réalisé une performance relativement correcte au premier semestre, dans un contexte évidemment marqué par la crise sanitaire – qui l’a conduit à accorder 9.000 prêts garantis par l’Etat à hauteur de 1,3 milliard d’euros au total.
Les revenus d’Arkéa reculent légèrement par rapport au premier semestre 2019 (de 1,7% à 1,1 milliard d’euros). Une évolution honorable grâce à la diversification de l’établissement – son activité de prestations en BtoB, notamment en marque blanche (qui élabore des services bancaires pour d’autres acteurs de la finance) progressant de 16%. Le résultat brut d’exploitation progresse, lui, de 25%, à 429 millions d’euros, en raison d’une forte maîtrise des coûts. Le résultat net (+2% à 249 millions d’euros) a amorti une flambée de son coût du risque (x2,5 à 84 millions d’euros) – qui subit à l’instar de l’ensemble du secteur bancaire – grâce à plusieurs éléments exceptionnels : la fermeture du régime de retraite suite à la loi Pacte et la réévaluation de la participation d’Arkéa dans Younited Credit, plate-forme en ligne de prêt à la consommation participatif.
On peut donc espérer qu’Arkéa tourne enfin la page du psychodrame du projet d’indépendance, qui s’est formalisé en 2014 mais germait depuis quelques années déjà. Or, les embûches se sont succédé – semées à la fois par la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM, l’organe central du groupe mutualiste), les superviseurs bancaires français et européen et les tribunaux.
L’enlisement du dossier a provoqué des tensions à la tête d’Arkéa, jusqu’à provoquer, selon les connaisseurs du dossier, le départ de son directeur général Ronan Le Moal en février dernier – un vrai coup de théâtre, ce dernier ayant porté ce rêve toutes ces années avec son président Jean-Pierre Denis (également président du CMB). Le coup de grâce a probablement été la contestation par la CNCM de la conformité des rémunérations des deux dirigeants d’une part, en janvier dernier, son refus de valider le changement de statut d’Arkéa en société à directoire (président par Jean-Pierre Denis) et conseil de surveillance, deux mois plus tard, et la décision par la Banque centrale européenne de mettre l’étude de son dossier sur pause en raison du contexte de crise actuel.
Cet enlisement aurait poussé Jean-Pierre Denis, selon plusieurs témoins, à prendre du recul et se limiter à des fonctions de surveillance au sein du groupe (qui ne confirme pas cette information), tandis que la nouvelle directrice générale d’Arkéa Hélène Bernicot indiquait que le projet d’indépendance était repoussé à… 2024. Autant dire aux calendes grecques, tant l’eau aura coulé sous les ponts.
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