Politique économique
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Élections américaines : le programme économique des candidats passé au crible
Il reste moins d'un mois avant l'élection américaine et malgré la difficile lisibilité des sondages les dernières semaines de campagne, le scenario d'une vague bleue (Démocrate) prend de l'ampleur. Car Joe Biden a désormais plus de 12 points d'avance sur son concurrent Donald Trump dans les enquêtes d'opinion. Il est vrai que les sondages s'étaient trompés sur l'issue des présidentielles américaines en 2016 – tout comme lors du vote sur le Brexit plus tôt cette même année. Mais ils avaient ensuite vu juste pour les différentes échéances électorales de 2017 en Europe, ainsi que pour les élections de mi-mandat aux États-Unis en 2018 et celles en Grande-Bretagne après la démission de Theresa May.
"Deux éléments d'information qualitatifs laissent cependant entrevoir un résultat beaucoup plus serré que ce qu'indiquent les enquêtes d'opinion", rappelle toutefois Troy Ludtka, économiste US chez Natixis. Tout d'abord, les sondages auprès des électeurs potentiels (une enquête plus complète) dans les principaux États concernés par l'opposition entre les deux candidats témoignent d'une course au coude à coude. Ensuite, l'évolution des sondages suggère comme en 2016 que les chances de Trump sont en train d'augmenter. Une tendance qui n'a rien de surprenant compte tenu de la reprise de l'activité dans le pays. "Les enquêtes d'opinion doivent donc être interprétées avec la plus grande prudence", avertit l'économiste.
Au-delà de l'incertitude des résultats, qui à court terme pourrait perturber les marchés, surtout si Donald Trump les conteste comme il a menacé de le faire, les places boursières seront surtout attentives à l'impact de long terme des programmes des deux candidats sur l'économie américaine. Voici les principaux aspects économiques de leurs programmes :
– Relations commerciales avec la Chine : la volonté de contrer le pays est l'un des sujets les plus bipartisans à Washington. Même avec l'arrivée des Démocrates au pouvoir, il n'y aura pas de nette amélioration des relations sino-américaines. Toutefois, sous une présidence démocrate, les barrières douanières tarifaires seraient probablement supprimées et l'isolement de la Chine passerait davantage par le biais diplomatique, via un renforcement des alliances USA avec les autres pays de la région. Biden a par ailleurs laissé entendre qu'il souhaitait faire arbitrer les différends commerciaux par l'OMC, plutôt que d'adopter la méthode de Donald Trump, consistant à instaurer des barrières douanières tarifaires. Conséquences de ces différences de points de vue : les prix des importations pourraient baisser sous un mandat Biden et l'inflation au contraire progresser en cas de victoire de Donald Trump.
– Salaire minimum : l'administration Trump ne devrait pas modifier le salaire minimum fédéral et le maintenir à 7,25 dollars. Lors de sa campagne, Biden, au contraire, a plaidé en faveur d'un salaire minimum de 15 dollars de l'heure. Une hausse du salaire devrait soutenir la demande globale mais pourrait à court terme entraîner une dégradation des marges des entreprises des secteurs des services et du commerce de détail. La hausse des marchés financiers serait donc ralentie pendant ce laps de temps. Si Trump est élu et le salaire minimum maintenu, il s'agirait d'une bonne nouvelle pour les marchés financiers, permettant d'éviter des tensions inflationnistes.
– Impôts : lors de sa campagne, Biden a milité pour une hausse des impôts de 4 000 milliards de dollars à l'horizon des 10 prochaines années (soit 2,1 % du PIB par an). Comment ? En augmentant le taux d'imposition, de 37 % à 39,6 % de la partie la plus riche de la population. Le candidat souhaite aussi aligner la fiscalité du travail et du capital, plafonner les déductions fiscales, notamment sur l'immobilier et les entrées d'argent pour les propriétaires d'entreprises. Enfin, le taux d'imposition pour les entreprises devrait passer de 21 % à 28 % tandis que les bénéfices des "larges entreprises", seraient taxés à hauteur de 15 % au moins. Il faudrait pour ce faire revenir sur la loi controversée de 2017-2018 (CARES ACT) sur les réductions d'impôts et l'emploi. Mais pour y parvenir, les Démocrates devront gagner la présidence et les deux chambres. Rappelons que Joe Biden a expliqué que ces nouvelles recettes fiscales seraient réaffectées à une hausse des dépenses publiques et que les hausses d'impôts seront d'abord supportées par les 1 % des ménages les plus fortunés.
Donald Trump lui, est opposé aux hausses d'impôts et les Républicains ne devraient pas durcir la fiscalité s'ils sont majoritaires au Congrès. Le président serait même plutôt favorable à des réductions de charges sociales, comme l'administration actuelle essaye de le faire sans succès depuis plusieurs mois. Une mesure qui relancerait certes l'activité, mais aggraverait le déficit et le poids de la dette rapporté au PIB. La mesure serait toutefois bien accueillie par les marchés financiers.
– Énergie : le candidat Démocrate a dévoilé un programme agressif de développement des énergies propres de 2000 milliards de dollars, prévoyant une sortie carbone d'ici 2035. Il entend aussi mieux encadrer juridiquement le forage dans l'Arctique et le golfe du Mexique et interdire les nouveaux permis d'exploration et de production sur les terrains et les eaux publiques. Ces mesures devraient entraîner une hausse des prix de l'énergie et être favorable au secteur des énergies propres. À l’inverse, si Donald Trump est élu, il devrait maintenir sa politique énergétique laxiste et faire baisser les prix de l'énergie.
-Infrastructures : la rénovation des infrastructures américaines est une proposition, qui, à différents moments au cours des dix dernières années, a été soutenue par les deux camps. Il reste que malgré l'insistance de Donald Trump lors de son premier mandat, les Républicains ne devraient pas lancer de grands programmes de rénovation des infrastructures s'ils venaient à prendre le contrôle du Congrès et que l'actuel président était élu. Au contraire, un changement de majorité au Sénat permettrait aux Démocrates de faire adopter le projet de loi sur le Green New Deal rejeté en 2019. Un tel plan d'investissement dans les infrastructures "vertes" entraînerait une légère tendance à la stagflation.
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