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Accor confirme les craintes de l’hôtellerie

A deux jours de la publication du chiffre d’affaires d’Accor au troisième trimestre, son PDG Sébastien Bazin a fait des déclarations alarmantes pour la fin de l’année.
Sébastien Bazin - Accor
Sébastien Bazin - Accor

L’hôtellerie a été l’un des secteurs les plus touchés dès le début de la crise sanitaire. Et la deuxième vague de contamination dans le monde, associée aux mesures plus restrictives prises récemment par de nombreux gouvernements, douche les espoirs d’un rebond, qui avait pointé le bout de son nez pendant le déconfinement estival. C’est en substance ce qu’a déclaré ce matin Sébastien Bazin, le PDG d’Accor, sur France Inter. La reprise "progressive et graduelle" qu’il avait imaginée début août est plus que compromise.

Alors que le groupe s’apprête à publier son chiffre d’affaires du troisième trimestre jeudi prochain après-Bourse, la situation "ne va pas aller en s’arrangeant", a-t-il affirmé, à propos des conséquences pour l’hôtellerie du couvre-feu installé en Ile-de-France et dans huit autres métropoles françaises (dont Aix-Marseille, Lille, Lyon et Toulouse). Les chiffres d’activité communiqués par le PDG d’Accor donnent un avant-goût de ce qui attend le secteur : ils ont à nouveau décliné avant même que les nouvelles mesures soient prises. "Cet été, nous étions à -40% par rapport à l’été de l’année dernière. En mars, nous étions à -90%. Donc il y a eu un rebond de courte durée, du 1er juillet jusqu’au 4 septembre", détaille-t-il. Depuis, l’activité a replongé : "Maintenant, on est à -60%", a-t-il ajouté.

Et le pire est à venir : "Cela ne va pas aller en s’arrangeant avec le couvre-feu, dans les semaines qui sont devant nous", prévoit-il, malgré les vacances scolaires de la Toussaint. Le secteur souffre d’un manque de visibilité : l’incertitude actuelle, liée au changement d’habitudes des consommateurs depuis plusieurs années, provoquent la généralisation des réservations de dernière minute – à quatre jours de leur départ, évoque Sébastien Bazin.

Le PDG parle même d'une "catastrophe" en Europe, marché principal d’Accor (la moitié de son chiffre d’affaires). Le tourisme intracontinental (théoriquement possible malgré la limitation du trafic aérien, grâce aux transports ferroviaire et automobile et qui pourrait permettre de limiter la casse) serait, déplore-t-il, victime de la "totale incohérence entre les mesures prises par les États de l’Union [européenne] : pour le voyageur c’est incompréhensible, donc il ne voyage pas". Il appelle à la mise en place d’une procédure commune à l’échelle de l’UE, prenant l'exemple de la Chine, "repartie comme avant le Covid en l’espace de 9 mois" et des États-Unis, "qui souffrent moins parce qu’ils ont 350 millions de clients dans un même territoire". L’exemple des États-Unis reste toutefois discutable puisque l’on observe d’importantes disparités selon les États fédérés, voire les métropoles.

Cette perspective alimente une situation déjà très difficile, comme l’ont montré les résultats des groupes hôteliers cotés au premier semestre : Accor a par exemple accusé une perte nette de 1,5 milliard d’euros, une perte d’exploitation de 227 millions et supprime 1.000 emplois dans le cadre d’un plan d’économies de 200 millions d’euros ; il n’attend pas de retour à un cash-flow positif avant 2023. Mais si l’on en croit les déclarations de Sébastin Bazin de ce matin, cela pourrait bien être qu’un début.

De quoi relancer les grandes manœuvres dans le secteur ? Surexposée à l’Europe, Accor pourrait trouver avantage à se rapprocher d’un acteur plus américain, voire asiatique. Un projet de rapprochement avec l’américain InterContinental Hotels Group (IHG) a été évoqué dans la presse cet été, sans être confirmé officiellement. Les synergies dégagées des grandes fusions offrent évidemment des perspectives financièrement salutaires en cas de crise.

Mais associer des acteurs malades a rarement formé un champion. Il faut aussi pouvoir structurer ce type d’opérations : or, les cours de Bourse du secteur sont à la cave, les liquidités sont précieuses (même si dans son cas, Accor dispose d’une solide trésorerie alimentée par les cessions successives de parts dans AccorInvest), tandis que monter une dette d’acquisition sur des entreprises aux bilans fragilisés est une gageure.

Les déclarations alarmistes de Sébastien Bazin préparent-elles les esprits à une surprise lors de la publication du chiffre d’affaires trimestriel ? Toujours est-il que les investisseurs n’ont pas du tout été émus par les élans catastrophistes du PDG, bien au contraire : l’action progressait de 4,8% vers 13h, après avoir clôturé en hausse de près de 1% lundi et de 1,1% vendredi. Il faut dire que le mélange entre la dimension spéculative et l’absence de visibilité du secteur provoque une grande volatilité du titre Accor : il avait connu six séances consécutives de baisse entre le 8 et le 15 octobre et reste en baisse de 42% depuis le début de l’année. En écho au récent optimisme boursier, JPMorgan Cazenove estimait hier dans une note qu’Accor "dispose d'une marge de manœuvre supplémentaire pour rationaliser ses coûts, tandis que la solidité de son bilan devrait soutenir sa politique d'acquisitions de petite ou moyenne taille". Accor pourrait ainsi "sortir plus fort de la crise", n’a pas peur d’écrire le courtier, qui a relevé de deux crans (de "sous-pondérer" à "surpondérer") son opinion sur le groupe.

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