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Politique économique

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Hard Brexit : quel coût pour les exportations européennes ?

Selon une étude d'Euler Hermès, une sortie de la Grande-Bretagne sans accord coûterait 33 milliards d'euros aux exportations européennes dès l'an prochain. Les pays les plus touchés seraient l'Allemagne et les Pays-Bas. 
Boris Johnson 
EU Commission
Boris Johnson EU Commission

Londres a finalement accepté de reprendre les négociations avec Bruxelles, interrompues depuis vendredi soir, au motif que l'UE ne voulait faire aucune concession. "Je tiens à rappeler que l'attitude de l'Union dans ces négociations n'a pas changé et ne changera pas jusqu'au dernier jour", a ainsi déclaré le commissaire au Brexit Michel Barnier hier à Strasbourg. Mais la main tendue aux Britanniques hier lors du discours du commissaire devant le Parlement européen a permis de débloquer la situation : "comme nous l'avons rappelé à l'issue du Conseil européen, nous sommes prêts à intensifier les discussions sur tous les sujets et le faire sur la base de textes juridiques". Un tunnel de négociations débute donc aujourd'hui, afin de respecter les délais fixés par les deux camps. 

Car le temps presse : il ne reste désormais plus que 71 jours avant la fin de la période de transition le 31 décembre prochain - et une dizaine de jours jusqu'au 31 octobre, date que Michel Barnier avait fixée comme dernier délai pour obtenir un accord et laisser le temps nécessaire au Parlement européen de le ratifier. Or, côté britannique, Downing Street attend toujours que l'UE modifie sa posture, notamment en ce qui concerne les règles de fairplay économique et commercial (autrement appelé "level playing field"). Selon Londres, sortir de l'UE signifie du même coup regagner sa souveraineté économique et ne plus être soumis aux règles européennes en matière de concurrence, notamment dans le domaine des aides d'Etats. 

Vu les sujets de tensions et le peu de temps imparti pour parvenir à un compromis, la probabilité d'une sortie sans accord a augmenté pour représenter 45%, selon une étude publiée par Euler Hermes sur les conséquences économiques d'un "No deal". Selon l'assureur-crédit, un tel cas de figure aurait bien sûr des conséquences sur l'économie de Grande-Bretagne, dont le PIB se contracterait de 5%, tandis que les exportations dégringoleraient de 15%. L'inflation britannique enfin, grimperait de 5% sur les six premiers mois de l'année 2021 au moins, du fait de la hausse du coût de ses importations. La hausse des droits de douane devrait ainsi peser sur les produits importés (+1 point de pourcentage), de même que le rétablissement de barrières non tarifaires -contrôles et procédures douanières tels que tests sanitaires et phytosanitaires- qui entraînerait une hausse de la valeur des produits venus de France, Allemagne et Espagne, de 10% environ. Enfin une dépréciation de la livre de 10% pèserait également sur le coût de la vie de l'autre côté de la Manche.

Des conséquences qui plaident pour un accord

Qu'en est-il des principaux partenaires commerciaux de la Grande-Bretagne ? Les pertes à l'export pour l'ensemble de l'UE atteindraient 16 milliards, estime Euler Hermes, et se chiffreraient à 8,2 milliards pour l'Allemagne en 2021 (soit 11,2% de ses exportations vers la Grande-Bretagne et 0,6% de ses ventes totales à l'étranger). Ce qui en ferait de loin le pays le plus affecté, suivi par les Pays-Bas, avec des pertes de 4,8 milliards (soit 10,5% de ses ventes vers le pays), puis la France. Les pertes à l'export de l'Hexagone représenteraient ainsi 3,6 milliards d'euros, soit plus de 10% du total des pertes à l'export européennes estimées et 11% des ventes françaises vers le Royaume-Uni. En France, les secteurs les plus affectés seraient les transports et équipements (-759 millions d'euros), la chimie (-477 millions) et les machines et équipements électriques (-426 millions). Enfin, le secteur français aliments/boissons/alcool/tabac connaitrait des pertes de l'ordre de 305 millions en cas de sortie dure du Royaume-Uni de l'UE. 

Un accord de dernière minute reste toutefois le scenario privilégié de l'assureur crédit, vu les conséquences économiques qu'une sortie brute aurait à la fois pour le Royaume-Uni et le reste de l'UE. En termes de calendrier cependant, si aucun accord de libre échange n'est conclu d'ici mi-novembre, le temps serait alors trop court pour permettre de le faire ratifier par tous les Etats d'ici au 31 décembre. Dans ce cas, une prolongation de la période de transition n'est pas impossible, pour permettre de finaliser l'accord commercial et le faire valider par les 27. "Par rapport à un 'No-deal', un accord de libre-échange présenterait l’avantage d’inclure une possible période d’implémentation d’une durée déterminée, afin de permettre aux deux parties de continuer à négocier un accord plus complet", explique pour sa part Slavena Nazarova, économiste au Crédit Agricole. Le déferlement de la seconde vague épidémique sur tout le Vieux Continent pourrait être un argument supplémentaire pour prolonger la période de transition et éviter de plomber davantage l'économie britannique, estime Euler Hermès. Dans le cas de figure d'un accord de dernière minute, les coûts pour les partenaires commerciaux de la Grande-Bretagne seraient moindre. Ainsi, selon les estimations de l'assureur-crédit, le manque à gagner pour les exportateurs européens serait de 18 milliards sur un an. "Qu’il y ait un accord ou pas, des barrières à la libre-circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes vont voir le jour après le Brexit. Elles vont entraver les échanges du Royaume-Uni non seulement avec les pays de l’UE, mais aussi avec les pays tiers avec lesquels il n’aura pas répliqué les accords commerciaux de l’UE", termine Slavena Nazarova, l'économiste au Crédit Agricole. 

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