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Natixis, BPCE, Anne-Christine Champion, Mohamed Kallala

Banques

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Natixis resserre les boulons et réduit la voilure

La banque a lancé quatre chantiers pour "dérisquer" ses activités. Elle cède la boutique de gestion H2O et nomme un tandem pour diriger sa BFI : Anne-Christine Champion et Mohamed Kallala.
Natixis
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La publication des résultats du troisième trimestre de Natixis (l'entité cotée regroupant les filiales métiers de la banque mutualiste BPCE) était particulièrement attendue : pas tant sur ses chiffres que sur le résultat de la revue stratégique de ses activités, qu'il a annoncée début août après une série de déboires qui ont émergé à la faveur de la crise sanitaire - et qui ont coûté son poste au directeur général d'alors, François Riahi, remplacé par Nicolas Namias. Quatre chantiers ont été mis en place, avec un objectif : rendre Natixis moins sensible aux hoquets des marchés.

La gestion d'actifs a fait la Une de la presse financière cette année en raison des mésaventures de H2O Asset Management, autrefois encensée mais dont certains fonds ont été gelés faute de liquidité. Natixis, actionnaire de cette boutique à hauteur de 50,01%, s'en sépare : sa filiale de gestion Natixis Investment Managers a "engagé des discussions avec l'équipe de H2O pour organiser le dénouement progressif du partenariat", a indiqué Nicolas Namias en conférence de presse. Concrètement, la participation de Natixis IM sera revendue aux associés de H2O et la distribution des produits progressivement reprise par la boutique (un processus qui s'achèvera en 2021). Depuis la réouverture des fonds le 13 octobre, la décollecte est "inférieure à un milliard d'euros", a ajouté le patron de la banque.

Parallèlement, Ostrum AM, société commune avec La Banque Postale (à 55/45) dont la constitution avait été annoncée fin juin, a été officiellement lancée. Regroupant la gestion de taux et assurantielle des deux institutions financières, 100% ISR, elle totalisait au 30 septembre 430 milliards d'euros d'encours et 590 milliards d'euros administrés - soit la deuxième société de gestion européenne, affirme Nicolas Namias. "Natixis dispose désormais de deux moteurs en gestion d'actifs : 22 boutiques affiliées, orientées vers la gestion active à forte marge, et l'outil industriel Ostrum, dont les marges sont inférieures mais qui bénéficie d'importantes synergies de coûts et économies d'échelle", résume-t-il. Hors Ostrum, Natixis IM affiche une collecte nette de 2 milliards d'euros au troisième trimestre et totalise un encours de 890 milliards. Avec l'apport de la Banque Postale dans Ostrum, les encours représentent 1.100 milliards d'euros.

La revue stratégique s'est également attaquée aux activités de banque de financement et d'investissement (BFI), appelées chez Natixis "banque de grande clientèle". Avec un objectif : réduire la volatilité des revenus. Dans les dérivés actions, un foyer de pertes aux premier et deuxième trimestres, mais aussi déjà - et de manière massive - fin 2018, l'établissement compte abandonner les produits structurés les plus risqués, et s'adresser à une base de clients plus resserrée (de 400 à 50). Par ailleurs, Natixis va poursuivre la réduction de son exposition au secteur pétrole & gaz américain (son portefeuille a déjà été réduit à 20%) en sortant totalement du pétrole et gaz de schiste d'ici à 2022 (son exposition actuelle représente 1,1 milliard d'euros).

Resté coté, à quoi bon ?

Décision importante, la banque de grande clientèle voit sa gouvernance renforcée, avec un tandem à sa tête : Natixis vient de nommer Anne-Christine Champion et Mohamed Kallala co-responsables du pôle et membre du comité de direction de Natixis. La première couvre l'activité de "Real assets" et le second l'activité "Global markets". Marc Vincent, qui était seul aux manettes depuis 2018, prend la responsabilité mondiale du M&A.

Le troisième volet, conséquence des pertes accumulées, concerne les coûts. Natixis s'est fixé un objectif de 350 millions d'euros d'économies dans les quatre ans qui viennent - pour lequel il passera une charge exceptionnelle de 270 millions).

Enfin, l'établissement a l'intention de mener une "gestion active de son capital pour maintenir ses capacités distributives" pour 2021, explique son directeur général, alors que les régulateurs européens ont demandé aux banques de ne pas verser de dividende cette année au titre de l'exercice 2019. Il s'est ainsi attelé à accroître son ratio de fonds propres durs CET1, qui atteint 11,7% au 30 septembre, contre 11,2% trois mois plus tôt. "J'affirme la capacité de Natixis à verser un dividende", a-t-il martelé. Ne manque plus que l'autorisation du superviseur, afin de ne pas créer de distorsion de concurrence en Bourse vis-à-vis des concurrents cotés non-européens.

Ces premières mesures, couplées au redressement des marchés financiers, ont permis à Natixis de revenir dans le vert au troisième trimestre : le résultat net atteint 39 millions d'euros, qui comprend de nouvelles moins-values liées à la cession d'une part de 29,5% dans l'assureur-crédit Coface à Arch Capital, dont le prix a été revu à la baisse pour tenir compte de l'effet de la crise financière (à l'instar de ce qu'ont dû concéder Tiffany et Bombardier à LVMH et Alstom). Le résultat net hors éléments exceptionnels atteint 152 millions.

Après avoir colmaté les brèches, Natixis va pouvoir s'atteler à son plan stratégique 2024, dont la présentation, prévue initialement l'été dernier, a été repoussée à juin 2021. Et espérer pouvoir répondre à la question que se posent les investisseurs : alors que son cours végète à moins de 2,3 euros, à des années-lumières de son cours d'introduction de 19,55 euros en 2006, sa cotation, avec un flottant représentant 26% de son capital, a-t-elle encore un sens ?

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