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Schneider Electric, obligations à impact, Oceane, finance verte, sustainability linked

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Schneider verdit les convertibles

Le fabricant de matériel électrique a réalisé la première émission mondiale d'obligations convertibles "à impact", pour 650 millions d'euros. La volatilité des Bourses et la popularisation des critères ESG diffusent la bonne parole dans cette famille d'instruments.
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Le verdissement des outils de financement ne faiblit pas. L'on connaissait les obligations vertes et les obligations sustainability-linked (ou "à impact"), à l'image d'Enel, Chanel, et Lafarge récemment, ou encore les lignes de crédit à impact, comme Michelin. Désormais, cette famille s'enrichit d'obligations convertibles en actions. En témoignent trois opérations récentes : les émissions vertes réalisées par Neoen en mai pour 170 millions d'euros (la toute première convertible de ce type en Europe) et par EDF en septembre (pour 2,4 milliards d'euros), mais surtout, depuis mardi, l'émission à impact de Schneider Electric de 650 millions d'euros à six ans (sous forme d'Oceanes).

Cette dernière est particulièrement significative : il s'agit de la première opération sustainability-linked appliquée à des convertibles dans le monde. Comme pour toute émission à impact, Schneider devra payer une prime aux investisseurs s'il ne réalise pas de progrès suffisants dans plusieurs critères de performance environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). En l'occurrence, trois indicateurs ont été définis : la baisse des émissions carbone chez ses clients grâce à ses solutions, l'embauche de femmes et la féminisation des postes à responsabilité et la formation de personnels défavorisés en gestion de l'énergie. Schneider s'est vu attribuer les notes de 3/10 aujourd'hui pour chaque critère. Si fin 2025, le fabricant d'équipements électriques n'atteint pas une note moyenne de 9/10, il devra payer aux investisseurs une prime de 0,5 % du nominal des obligations (soit 3,25 millions d'euros).

Le succès de l'émission atteste de l'appétit du marché pour cette nouvelle niche. Elle a été sursouscrite entre 2,5 et 3 fois et les termes lui sont particulièrement avantageux : l'obligation porte un coupon de 0 % et sa valeur nominale de 176,44 euros offre une prime de conversion de 50 % par rapport au cours de référence de l'action Schneider (soit le haut de la fourchette initiale, établie à 45-50 %) ; son prix d'émission a été fixé à 190,11 euros, soit un taux actuariel (ou yield-to-maturity) de -1,33 %. "La volatilité implicite de l'Oceane ressort à 30 %, significativement au-dessus de références de volatilité de l'action de Schneider", souligne Thierry Petit, responsable Equity-linked pour la zone Europe Moyen-Orient Afrique chez BNP Paribas, qui a structuré la transaction.

"Schneider cochait toutes les cases pour émettre une convertible : son statut de société du CAC 40, sa qualité de crédit, sa rareté sur le marché de cette classe d'actif, le niveau de l'action, qui atteint des sommets, ainsi que la prime de 50 %, qui éloigne le risque de dilution si conversion il y a", ajoute Alexis Le Touzé, responsable ECM France chez BNP Paribas.

La dimension ESG des opérations de marché est une tendance de fond, qui commence à irradier le marché de niche des convertibles, avec une émission dans le monde en 2018 contre neuf cette année. Elle permet en effet aux acheteurs dédiés de ce type de papier d'élargir leur spectre. En revanche, l'accroissement brutal de la demande pour les convertibles est lié à la crise sanitaire, en particulier vis-à-vis des entreprises les plus affectées, car ce produit permet aux investisseurs de jouer leur redressement. "L'appétit des investisseurs pour les convertibles a été très fort cette année, en particulier du fait de la volatilité accrue des marchés : une convertible combine en effet une obligation, qui amortit les chocs de marché, et une option d'achat, par laquelle il est possible de capter une partie de la hausse de l'action", rappelle Thierry Petit.

Les émetteurs bénéficient également d'un contexte favorable. Les plans de relance et les politiques accommodantes des Banques centrales maintiennent les conditions de crédit à des niveaux très faibles, tandis que la volatilité est très forte sur les marchés actions, ce qui permet aux entreprises de vendre cette volatilité chère pour optimiser leur financement. La demande est telle qu'un nombre croissant de sociétés du CAC 40 se tournent vers ce produit, alors qu'à l'origine, il a été créé pour des sociétés non notées. Plus largement, l'Europe se pose en leader des émissions vertes.

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