Régulation / Concurrence
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Stabilité financière : attention à ne pas couper les vivres trop tôt
La BCE a dévoilé aujourd'hui son second rapport de l'année sur la stabilité financière, qui dresse notamment le bilan des mesures de soutien instaurées depuis le début de la pandémie. Le précédent rapport, publié en mai dernier, quelques jours seulement après le début du déconfinement, avait naturellement mis l'accent sur les risques engendrés par la pandémie pour la stabilité financière de la zone euro. Stabilité définie par la BCE comme les conditions optimales permettant au système financier (banques, marchés et infrastructures de marché) d'encaisser les chocs et déséquilibres financiers.
La zone euro venait alors de connaître l'un des pires chocs boursiers et économiques de son histoire et le contexte était donc différent d'aujourd'hui, où les perspectives de sortie de crise se dessinent avec l'arrivée d'un vaccin. Les marchés financiers ont par ailleurs largement remonté la pente (le CAC est en baisse de 6 % par rapport au 1er janvier) par rapport à leur point bas de mars. L'heure est donc aux premiers bilans, plus de neuf mois après l'arrivée du virus sur le Vieux Continent. Et, selon la BCE, les autorités fiscales (les États), monétaires et prudentielles ont su apporter une réponse adéquate et coordonnée à la crise liée à la Covid.
Une réponse à la crise coordonnée
La BCE a bien sûr largement contribué à amortir le choc épidémique, avec son programme d'achats d'urgence de titres (PEPP), ses opérations de prêts ciblés de long terme aux banques (TLTROIII) et l'assouplissement des règles de collatéral. Les États ont quant à eux instauré des mesures de prêts garantis et de chômage partiel et de soutien aux ménages et entreprises. Au total, les transferts réalisés cinq premières économies de la zone euro ont représenté 8 % de leur PIB combiné. Et ces transferts devraient atteindre 2 % du PIB l'an prochain.
Les autorités prudentielles enfin, ont elles aussi contribué à amortir la crise, en allégeant les contraintes en capitaux des banques afin de les aider à absorber les pertes et surtout de leur permettre de continuer à prêter. "Les principales mesures prudentielles ont inclus la libération des réserves de capital, des orientations visant à réduire le provisionnement procyclique et des mesures destinées à préserver la capacité des banques à absorber les pertes en limitant les distributions de dividendes", explique ainsi la BCE.
Or, c'est la combinaison de ces trois types de politiques de soutien qui a permis de réduire le stress financier des ménages et entreprises. "Les différentes mesures d'aide ont toutes partagé le même objectif de soulager les ménages et les entreprises. Leurs effets positifs sur les performances de paiement des emprunteurs auprès de leurs banques ont soutenu de manière indirecte la solidité des banques", expliquent ainsi les auteurs du rapport. Toutes ces mesures ont estompé les effets de la crise économique : leur impact combiné représenterait plus de 3 % de PIB sur 2020 et sur 2021, comparé à si aucun programme n'avait été mis en place. À titre d'exemple, si les mesures d'allègement de capital accordées aux banques n'avaient pas été mises en place, l'impact de l'assouplissement monétaire aurait été de 0,3 % inférieur pour le PIB à fin 2021.
Une sortie prudente pour éviter une nouvelle crise
Mais la plupart des mesures instaurées depuis le début de la pandémie se termineront fin 2021 et dans certains pays, les entreprises n'auront que jusqu'à la fin de 2020 pour recourir à des prêts garantis. "La cessation brutale de toutes ces mesures pourrait entraîner des effets néfastes sur les revenus des ménages et des entreprises avec des répercussions sur l'activité économique en 2021", préviennent les auteurs du rapport. Ces effets négatifs pourraient grever le PIB des cinq plus gros États de la zone euro de 2 % environ l'an prochain. Cet impact serait aggravé par de potentielles nouvelles mesures de distanciation sociale. La Hollande et l'Italie seraient les plus impactées par une sortie trop rapide des mesures de soutien, car ce sont les deux pays où les programmes de chômage partiels, de prêts garantis et de transferts prendront tous fin en même temps en 2021.
Par contagion, la fin brutale de ces programmes de soutien aurait un impact sur le risque de crédit et la capacité des banques à prêter à l'économie. Les autorités prudentielles sont d'ailleurs également appelées à ne pas rétablir des exigences réglementaires pour les banques trop brutalement, au risque d'empirer la situation économique. Le tout sera donc pour les différentes autorités de se concerter pour mener une sortie de crise prudente et coordonnée.
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