Asset, Management
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Le contexte plébiscite la gestion alternative
En l'absence de perspectives de hausse des taux d'intérêt, donc des rendements obligataires, la gestion alternative a de belles années devant elle : face à leurs engagements de passifs, les investisseurs institutionnels, en particulier les assureurs, les fonds de pensions et les caisses de retraite, ont l'impérieuse obligation de trouver des placements rémunérateurs. Or, les performances passées dans l'alternatif (private equity ou capital-investissement, infrastructures, dette privée, hedge funds, immobilier, ressources naturelles) sont supérieures aux catégories traditionnelles (actions et obligations sur le marché réglementé et placements monétaires).
Le dernier baromètre de Private Equity Intelligence (Preqin), fournisseur de données spécialisé dans la gestion alternative, révèle que la très grande majorité des investisseurs (soit 81 %) continuera à renforcer son exposition dans ces classes d'actifs au cours des cinq années qui viennent. Selon les estimations de Preqin publiées la semaine dernière, les encours sous gestion atteindront 17 200 milliards de dollars dans le monde en 2025, soit une hausse de 9,8 % par an.
Parmi ces différentes sous-catégories, le private equity - plus ancienne stratégie alternative avec les hedge funds mais moins risquée que ceux-ci - devrait profiter de la plus grande partie de cette manne. En effet, 79 % des investisseurs interrogés vont accroître leur exposition en la matière d'ici à 2025 - dont 26 % "de manière significative" et seulement 3 % entendent la réduire. Selon Preqin, cet engouement portera les encours de cette catégorie à plus de 9 100 milliards de dollars. Rien d'étonnant à cela : c'est elle qui, dans le passé, a généré les meilleurs rendements pour les fonds de pensions toutes classes d'actifs confondues (13,6 % de rendement interne annuel sur 10 ans, selon Preqin).
La dette privée (des emprunts souscrits par des entreprises auprès un groupe d'investisseurs déterminé) et les infrastructures se suivent ensuite de très près en termes de popularité, 58 % et 56 % respectivement des investisseurs souhaitant accroître leur allocation dans ces classes d'actifs. Tout en étant plus sûre que les actions, la dette privée offre un rendement (et donc un risque) supérieur aux obligations sur le marché réglementé. Quant aux infrastructures, elles offrent l'énorme avantage d'être adossé à un actif tangible d'utilité publique, souvent réglementé et générant une rente de revenus sur plusieurs années.
L'arrivée du retail
Le marché de la gestion alternative va également évoluer dans sa structure dans les années qui viennent. D'une part, la typologie des gérants auxquels les investisseurs confient leurs avoirs devrait dans une certaine mesure laisser plus de place aux spécialistes dans une classe d'actifs particulière, au détriment de ceux qui proposent des stratégies diversifiées. Ainsi, 35 % des souscripteurs sondés comptent privilégier les gérants spécialisés. Signe que les investisseurs se sont sophistiqués avec les années, faisant évoluer leurs rapports avec les fournisseurs. En témoigne leur volonté de s'impliquer davantage dans l'activité des gérants (61 % projettent de réaliser davantage de co-investissements d'ici à 2025 dans le private equity), voire de réaliser eux-mêmes une partie de cette activité (53 % veulent faire davantage d'investissements directs). Les institutionnels comptent également exiger plus de transparence de la part des gérants dans les années à venir - le reporting, les méthodes de valorisation de ces actifs illiquides et le calcul des frais de gestion étant les points noirs de ces actifs alternatifs par rapport aux marchés réglementés.
D'autre part, le métier de la gestion d'actifs alternatifs devrait poursuivre sa mutation à travers l'augmentation progressive de la participation d'investisseurs particuliers au cours des cinq prochaines années. Ainsi, 35 % des investisseurs estiment que le poids du "retail" dans leurs actifs sous gestion sera supérieur en 2025 qu'il ne l'est aujourd'hui. En août 2020, la SEC - le gendarme des marchés américain - a élargi sa définition d'"investisseur accrédité", estimant que cette mesure devrait porter l'encours investissable par les particuliers de 70.000 milliards de dollars en 2018 à 106 000 milliards en 2025. L'Europe n'est pas en reste. Dernier exemple en date, le lancement par Bpifrance du fonds Entreprises 1, destiné à orienter l'épargne des particuliers (disposant toutefois d'une certaine surface financière) vers le capital-investissement.
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