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Les créanciers prennent le contrôle d'Europcar

Les créanciers obligataires contrôleront plus de 90 % du capital du loueur de voitures, selon le projet de plan de restructuration dévoilé hier. La dette brute sera réduite de moitié et de nouvelles liquidités seront injectées. Mais sera-ce suffisant ?
Europcar
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Le Prêt garanti par l'État (PGE) n'est pas un remède miracle pour les sociétés qui étaient déjà en difficulté avant la crise sanitaire. Cela se confirme avec Europcar Mobility Group. Le loueur de voitures va passer sous le contrôle de ses créanciers, suite à l'accord de principe sur sa restructuration financière signé annoncé hier jeudi après avoir entamé des discussions avec eux début septembre.

Le plan, approuvé par "un groupe significatif de créanciers", est massif et les actionnaires actuels sont rincés. Ceux-ci ne détiendront plus qu'entre 8,4 % et 3,1 % du capital d'Europcar en fonction de leur participation à l'augmentation de capital prévue dans ce cadre. C'est donc une perte quasi-sèche pour l'investisseur Eurazeo, qui détient encore 29,9 % de la société et qui, cet été encore, ne désespérait pas de trouver un repreneur capitalistique pour sa participation - les rumeurs évoquaient régulièrement le constructeur automobile Volkswagen. Eurazeo soutient malgré tout l'opération.

Concrètement, le plan prévoit une réduction de la dette d'Europcar de 1,1 milliard d'euros via la conversion en actions des obligations senior 2024 et 2026 et de la facilité de crédit accordée par Credit Suisse - soit une division par un peu plus de deux de la dette corporate (hors flotte automobile) brute. Il prévoit également une augmentation de capital de 200 millions d'euros réservée porteurs de ces obligations, ainsi qu'une augmentation de capital de 50 millions d'euros avec maintien du DPS, destinée donc en priorité aux actionnaires actuels. Les créanciers obligataires (notamment les fonds Anchorage, Attestor, Diameter Capital, King Street Capital et Marathon AM, dont certains ont massivement acheté la dette d'Europcar sur le marché secondaire cette année) se retrouveront ainsi actionnaires d'Europcar à plus de 90 % de son capital.

Un programme de transformation consommateur de liquidités

Autre apport de liquidités, un nouveau financement de flotte automobile de 225 millions d'euros sera accordé. Une facilité de crédit renouvelable (RCF) de 670 millions d'euros en deux tranches est enfin prévue, ouverte aux créanciers d'Europcar. "Ce plan de restructuration à la fois complet et rapide […] permettra de refondre adéquatement la structure capitalistique corporate du groupe, lui permettant de se concentrer sur l'accélération du programme 'Connect'", déclare Europcar dans un communiqué. La liquidité d'Europcar, qui atteignait 449 millions d'euros le 30 septembre, est anticipée à 320 millions en fin d'année et devrait remonter à 430 millions fin 2021 en cas de réalisation de la restructuration financière.

Les liquidités devront en effet financer le plan de transformation 2021-2023, lancé au deuxième trimestre, le service de la dette et les besoins de financement de la flotte. Or, le groupe prévoit que le plan consomme 345 millions d'euros l'année prochaine et 50 millions en 2022. Ces montants pourraient encore s'alourdir de 100 millions en 2021 et 55 millions l'année suivante en fonction de l'évolution de la pandémie et de la nécessité de réaliser des restructurations opérationnelles supplémentaires. Le renforcement de la liquidité est donc vital.

Déjà fragilisé par la flambée de sa dette et un marché de la location difficile, Europcar a pris de plein fouet les mesures de confinement prises par les gouvernements pour répondre à la crise sanitaire. Le loueur s'attend à de "lourdes pertes" cette année, en dépit d'un plan de réduction des coûts massifs de 890 millions d'euros en 2020, lancé au deuxième trimestre. Au troisième trimestre, le groupe a accusé une perte nette de 9,7 millions d'euros et vu son chiffre d'affaires chuter de moitié, pour tomber à 537 millions. Sa dette corporate au 30 septembre atteignait 1,32 milliard d'euros en net et 2,02 milliards en brut, dont 285 millions d'euros de PGE (qui reste inchangé).

Rien n'indique d'ailleurs que les mesures prises seront suffisantes, étant donné le manque de visibilité sur la sortie de crise et les nouveaux comportements des consommateurs. "Il faut être d’autant plus prudent que le groupe a eu tendance à être un peu trop optimiste dans la fixation des objectifs financiers, à l’image du copieux profit warning lancé en octobre 2019 (bien avant l’apparition du Covid-19), et que sa boulimie d’acquisitions erratiques l’a poussé vers la restructuration financière actuelle", prévient Alain Lopez, analyste crédit chez Octo Finances. Cette incertitude se retrouve dans les réactions des investisseurs. Après avoir bondi de respectivement 10,5% et 18% lundi et mardi sur la foi de rumeurs d'accord avec les créanciers, pour perdre 4% le lendemain, l'action Europcar a clos la séance de jeudi en hausse de 2,1% (à 1,17 euro), après avoir bondi de plus de 11% à l'ouverture suite à la confirmation de l'accord... Mais elle s'effondrait de plus de 18% vendredi en milieu de matinée. Avec une telle volatilité et une incertitude toujours forte quant à son avenir, il faudra du temps pour qu'elle retrouve ne serait-ce que son niveau du début de l'année : elle a perdu près de 80% de sa valeur depuis le 1er janvier.

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