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Politique européenne

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La finance, grande laissée-pour-compte du Brexit

Les services financiers ne feront pas partie de l'accord de libre-échange dont Londres et Bruxelles peinent à accoucher, sauf retournement de dernière minute. Du coup, la plupart des acteurs du secteur ont pris les devants en relocalisant une partie de leur activité sur le Vieux Continent.
La City - Londres - Royaume-Uni - Angleterre
La City - Londres - Royaume-Uni - Angleterre

Il reste désormais moins d'un mois pour que Londres et Bruxelles s'entendent sur les termes d'un accord de libre-échange, qui régira leurs relations une fois le Royaume-Uni sorti de l'UE. Sans quoi, le pays quittera l'Union le 30 décembre sans filet de sécurité et ce sont donc les règles de l'OMC qui s'appliqueront entre les deux blocs. Si la pêche et les conditions de concurrence équitable constituent les principaux points de friction entre les deux camps, les services financiers eux, ont depuis longtemps pris les devants, ayant été sortis très tôt du champ des négociations en cours.

Rappelons en effet que selon les termes de l'accord de sortie, adopté par le Parlement britannique en janvier 2020, le système de passeport financier -qui permettait à toute entité financière présente dans un État membre de l'UE de proposer ses services dans les autres États sans autorisation préalable- prendra fin. Pour continuer à proposer leurs services dans l'UE, les entreprises financières basées à Londres devront donc demander une équivalence aux autorités nationales de chaque État dans lesquels elles souhaitent exercer. "En substance, l'accord de sortie du Royaume-Uni de l'UE ne contient rien sur les services financiers, qui sont traités de manière unilatérale sous l'angle de l'équivalence. Il n'y a pas d'accord bilatéral pour un accès au marché intérieur depuis Londres", explique ainsi Nicolas Mackel, directeur général de Luxembourg for Finance. Ce qui explique que les services financiers aient pour la plupart décidé de délocaliser une partie de leur activité sur le Vieux Continent. "Certes, les équivalences pourront aider mais elles ne sont qu'un ersatz pour accéder au marché européen puisqu'il existe 39 régimes différents compris dans différentes directives. Du coup, une grande partie des acteurs londoniens ont déjà relocalisé leur activité à Francfort, au Luxembourg, à Paris ou Dublin", poursuit Nicolas Mackel. La plupart ont ainsi réalisé leurs transferts entre 2017 et la première moitié de 2018, afin d'être prêts pour la date initiale de sortie, prévue le 29 mars 2019. "Les services financiers sont très réglementés et les procédures pour obtenir les autorisations nécessaires peuvent prendre de 12 à 18 mois", poursuit Nicolas Mackel. Une chose est sûre, "à partir du 1er janvier, il ne sera juridiquement plus possible de servir des clients de l'UE depuis Londres".

 

Les plateformes de trading ont elles aussi relocalisé une partie de leur activité

 

Parmi les dernières du secteur financier à avoir pris la décision de se déplacer sur le Vieux Continent, les plateformes de trading : le 26 novembre dernier, Goldman Sachs a ainsi annoncé le lancement de sa plateforme de trading alternative en actions, Sigma X, afin de garantir à ses clients d'accéder à toutes leurs sources de liquidité, post Brexit. Puisqu'à partir du 4 janvier prochain, premier jour ouvré de sortie du Royaume-Uni de l'UE, les banques européennes ne pourront passer leurs ordres que sur des Bourses situées sur le Vieux Continent ou dans des pays disposant du régime d'équivalence. Lundi, la plateforme Turquoise (qui dispose de 5 % du marché des systèmes multilatéraux de négociations, MTF) a quant à elle démarré ses activités depuis Amsterdam où elle a choisi de se relocaliser, dans la perspective d'un Hard Brexit. CBOE, plus grosse plateforme alternative du marché avec 22 % des parts, a elle aussi choisi les Pays Bas pour s'établir, tandis qu'Aquis s'est installée à Paris.

Un doute subsistait cependant concernant les plateformes de négoce de dérivés de taux en euros basées à Londres, qui attendaient le verdict de Bruxelles concernant une possible équivalence. Or l'Union européenne a finalement refusé la semaine dernière de leur accorder, bien qu'elle ait autorisé les chambres de compensation londoniennes à continuer de traiter jusqu'à la mi-2022 des transactions réalisées dans l'UE. Ce refus de Bruxelles devrait continuer d'inciter les firmes financières de la City à grossir leurs équipes sur le Vieux Continent post-Brexit. Selon un rapport publié en début de semaine par EY d'ailleurs, seules 10 % des entreprises financières ont l'intention de s'installer en Grande-Bretagne ou d'y étendre leurs activités. En avril elles étaient 45 % à avoir répondu par l'affirmative. Ce qui explique la crainte des Européens de voir Londres alléger les contraintes réglementaires pour les services financiers, afin d'inciter les banques de la City ou les étrangères à continuer de se développer outre-Manche…

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