Banques
Banques
Jean-Pierre Mustier cède les rênes d’UniCredit
Cela faisait quelque temps que les rumeurs d'un départ de Jean-Pierre Mustier de la direction d'UniCredit allaient bon train dans la presse italienne. L'information a été confirmée lundi soir : le patron français a annoncé qu’il quitterait sa fonction de directeur général en avril prochain, c'est-à-dire à l'issue de son mandat, "de manière à permettre au nouveau conseil d’élaborer une future stratégie". "Au cours des derniers mois, il est apparu que la stratégie du plan 'Team 23' et ses piliers fondateurs ne sont plus en accord avec la vision actuelle du conseil d'administration", a-t-il même pris le soin de préciser, dans un exercice rare de transparence lors d'un départ de dirigeant.
Si Jean-Pierre Mustier ne détaille pas la nature des divergences, il est de notoriété publique qu'elles concernaient particulièrement la participation d'UniCredit au mouvement de concentration actuel du secteur en Italie. Le conseil d'administration de la banque envisage de procéder à plusieurs acquisitions pour faire de la banque milanaise un champion national. Dans un premier temps, suite à la proposition insistante du gouvernement transalpin, il pourrait venir en aide à Monte dei Paschi di Siena, que l'Etat avait déjà secouru en 2017.
Or, Jean-Pierre Mustier ne partage pas ce point de vue. Plus sensible à la stratégie de croissance organique, qui s'est avérée payante pour Unicredit au cours des quatre premières années de son mandat (même si l'action peine à décoller), le dirigeant français n’a pas l’intention de s’impliquer dans le mouvement de consolidation étant donné la santé fragile du secteur en Italie, qui repose sur une économie elle-même fragile et un Etat très endetté.
La réaction des marchés ne s’est pas fait attendre. En deux jours, la capitalisation du groupe a fondu. L’action UniCrédit chutait de 8% à la Bourse de Milan peu après 14h, après avoir perdu 5% hier devant l'imminence de l'information. Les investisseurs étaient en effet sur le qui-vive depuis ce week-end car une première réunion informelle du conseil avait eu lieu dimanche autour de la stratégie et de la gouvernance du groupe. Car le départ de Jean-Pierre Mustier renforce la probabilité d'un rapprochement avec Monte Paschi, perspective qui ne ravit pas les investisseurs.
Ce d'autant moins que le bilan de Jean-Pierre Mustier à la tête d'UniCredit est positif et a partiellement fait oublier ses mésaventures lorsqu'il dirigeait la BFI de la Société Générale : l'affaire Kerviel, en janvier 2008, l'avait poussé vers la sortie, alors que certains voyaient en lui un possible successeur au PDG d'alors, Daniel Bouton. Ces quatre dernières années, il a largement contribué à redresser l'établissement transalpin, qui figurait parmi les banques les moins performantes lors de tests de résistance menés par l’Autorité bancaire européenne (EBA) en 2016. Restructuration, cessions d’actifs, augmentations de capital, tous les leviers possibles ont été maniés pour redresser sa rentabilité. "J'ai toujours estimé que cinq ans sont la durée idéale pour remplir le rôle de directeur général dans une entreprise et mes cinq années chez UniCredit ont été une expérience extraordinaire. Je suis fier de ce que nous avons accompli et réalisé en si peu de temps", a-t-il exprimé dans un communiqué.
Où Jean-Pierre Mustier va-t-il atterrir ? Les paris sont ouverts. Un retour en France, par exemple la Société Générale qui a particulièrement souffert de la crise sanitaire ? Difficile à dire pour l'instant, étant donné que les dirigeants actuels des banques françaises sont bien installés, à moins d'une démission surprise. Ou la poursuite de sa carrière internationale qui lui donnerait plus d'envergure encore ? S'il avait su la manière dont s'achèverait son mandat à la tête d'UniCredit, peut-être aurait-il accepté la direction du géant HSBC qui lui avait été proposée en début d'année.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

