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La pandémie et les tensions commerciales plombent les objectifs de STMicro
À la sortie du troisième trimestre, STMicroelectronics s'autorisait un optimisme raisonnable pour la fin de l'année et pour 2021. Mais l'évolution de ses marchés l'a tout de même conduit à dégrader ses objectifs financiers de moyen terme qu'il s'était fixé en mai 2019. Au grand dam de la Bourse.
À l'occasion d'une journée consacrée aux investisseurs mercredi, le fabricant de semi-conducteurs a notamment repoussé d'un an sa notion de "moyen terme", à 2023, pour la plupart de ses indicateurs. Il a également réduit le niveau de ses marges. Ainsi, concernant la marge opérationnelle, il attend désormais une marge située entre 15 % et 17 % du chiffre d'affaires en 2023, contre une marge comprise entre 17 % et 19 % en 2022, fourchette qu'il avait annoncée lors de sa journée investisseurs précédente. Le groupe franco-italien a également dégradé d'un point de pourcentage sa prévision de marge brute à moyen terme : il estime qu'elle sera désormais située entre 39 % et 40 %. L'objectif de chiffre d'affaires de 12 milliards de dollars a également été reporté d'un an et devra être atteint en 2023. En revanche, STMicro anticipe toujours un flux de trésorerie disponible supérieur au milliard de dollars.
Les dirigeants ont pointé deux causes principales à ce contretemps : la crise sanitaire, bien entendue, et la guerre commerciale entre les Etats-Unis, l'Europe et la Chine.
La pandémie a frappé de plein fouet le secteur automobile, auquel STMicro est fortement exposée : elle devrait à long terme accélérer la transition vers une mobilité électrique et automobile et justifier les choix stratégiques du groupe, mais elle a provoqué un coût d'arrêt de la demande des consommateurs (en particulier au deuxième trimestre), ainsi qu'une baisse plus rapide de la demande d'équipements pour des applications traditionnelles 'legacy'"). En outre, les projets relatifs aux véhicules autonomes dans leurs niveaux les plus avancés (N4 et N5) ont été repoussés pour favoriser ceux de standards intermédiaires. La tendance est la même dans l'industrie, autre pôle important pour STMicro.
Le groupe se trouve également concerné par les tensions commerciales internationales : Huawei, qui en fait les frais en étant exclu en tant fournisseur des opérateurs qui participent aux appels d'offres sur la 5G aux Etats-Unis, en Europe et en Australie notamment, fait partie de ses 10 plus gros clients. Ainsi, ses ventes à l'équipementier chinois seront nulles ce trimestre et STMicro estiment qu'elles pourraient l'être également dans les années qui viennent.
La moindre croissance des revenus du groupe dégradera son levier opérationnel, pesant sur sa rentabilité. Ce d'autant qu'il prévoit d'accroître ses investissements dans les années qui viennent (entre 1,5 et 1,7 milliard de dollars, contre 1,2 milliard en 2020) pour coller aux transformations de ses marchés et à la hausse de la demande de certains produits, comme le carbure de silicium que l'on trouve dans les chargeurs de véhicules électriques. Autre effet sur sa rentabilité, les changes : le groupe, qui facture en dollars mais dont les coûts sont fortement exposés à l'euro, souffre de l'appréciation de la monnaie européenne. Ainsi, une hausse de 1 % de la parité €/$ entraîne une perte de 8 à 10 millions de dollars de bénéfice opérationnel, précise le groupe.
La révision des objectifs, sur fond de bouleversements de la structure des marchés couverts par STMicro (comme l'automobile) plus importants que prévu, en raison par la pandémie, a surpris. "Nous avions évidemment tenu compte du ralentissement économique actuel, mais nous considérions que l'accélération de la demande de voitures électriques, d'électronique grand public et l'avènement de la 5G représentaient des amortisseurs plus importants qu'il n'y paraît", indique le courtier Bryan Garnier dans une note. L'action a clos la séance de mercredi en baisse de 11,8 % (soit la plus forte baisse du… SRD), à 30 euros, et perdait encore près de 2% à midi le lendemain. L'annonce est d'autant moins bien perçue que le retour à la croissance de certains des marchés de STMicro se fait à un rythme supérieur à ce que l'on attendait. C'est notamment le cas de l'Asie (qui représentait 37 % de ses revenus au cours des neuf premiers mois de 2020). Alors que l'ensemble du marché des semi-conducteurs devrait progresser de 5 % cette année, selon les prévisions de l'organisme du secteur WSTS, STMicro souligne que les marchés qu'il couvre ne sont attendus qu'en hausse de 2,4 %.
La réaction des investisseurs peut être relativisée, dans la mesure où le titre s'est très bien comporté cette année, malgré la pandémie : malgré ses déboires de mercredi, il s'inscrit en hausse de 26 % depuis le début de l'année. La chute peut ainsi être interprétée comme le moment choisi par les investisseurs pour prendre leurs bénéfices. On peut également se demander si les dirigeants ne font pas assaut de prudence étant donnée la visibilité limitée sur l'évolution économique : le PDG Jean-Marc Chéry a ainsi indiqué que les revenus du groupe au quatrième trimestre de cette année seraient "nettement au-dessus du point médian de la fourchette d'objectif", soit 2,99 milliards d'euros.
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