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SNCF : 4 milliards d'euros sur une jambe de bois
L'intention avait été annoncée par le gouvernement le 3 septembre. C'est officiel depuis hier matin : l'arrêté autorisant l'État à souscrire à l'augmentation de capital de la SNCF, daté du 4 décembre, a été publié jeudi au Journal officiel. Montant de l'opération : 4,05 milliards d'euros. À son issue, l'État conserve 100 % du capital de la compagnie ferroviaire française.
La raison de cette injection massive de fonds propres ne surprendra pas : les nombreuses restrictions de déplacement dans l'Hexagone décidées face à la crise sanitaire ont quasiment stoppé l'activité de la SNCF pendant plusieurs mois. La compagnie, qui avait déjà appelé à l'aide en mai, estime qu'elles pourraient provoquer une perte nette proche de cinq milliards d'euros, a déclaré la semaine dernière son P.-D.G. Jean-Pierre Farandou à la Commission de l'aménagement du territoire du Sénat. C'est le deuxième confinement qui provoque un trou de cette ampleur. Au premier semestre, elle était déjà en déficit de 2,4 milliards d'euros avec une dette qui atteignait 38,3 milliards d'euros au 30 juin. Au 30 septembre, la SNCF évaluait l'effet de la pandémie à 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires et quatre milliards de marge opérationnelle. Et la période de Noël ne changera pas grand-chose, même avec l'assouplissement de l'interdiction de voyager entre régions à partir du 15 décembre.
Des cessions d'actifs confirmés
Le gouvernement a indiqué, début septembre, que dans le cadre du plan de relance, il allait soutenir la SNCF à hauteur de 4,7 milliards d'euros. Les 4,05 milliards de la recapitalisation permettront de mener à bien, sur plusieurs années, les travaux prévus (à hauteur de 2,3 milliards d'euros), 250 millions permettront à SNCF Réseau de reprendre 14 petites lignes de TER dans son réseau "structurant" (national), tandis que 1,5 milliard sera consacré à des dépenses d'infrastructures non encore financées. Cette dernière somme vient compenser le manque à gagner provenant traditionnellement des dividendes internes versés par les activités TGV ou de fret. Par ailleurs, 650 millions d'euros de crédits budgétaires seront destinés aux petites lignes régionales, au fret, ainsi qu'aux trains de nuit.
Mais rien n'indique que cela suffira, alors que l'État a déjà repris 25 milliards d'euros de dette en janvier cette année et va en reprendre 10 de plus en 2022. La SNCF a d'ailleurs lancé un plan de réduction des coûts de 1,8 milliard d'euros et a levé des sommes considérables sur le marché obligataire (8,3 milliards d'euros au total, dont une émission record de 2 milliards d'euros sur 30 ans en octobre dernier) ; elle envisage également des cessions d'actifs : le loueur de wagons Ermewa, dont la valeur est estimée à 2,5 milliards d'euros, tandis que la vente de la part de 50 % de la SNCF dans le loueur de locomotives Akiem est envisagée, a confirmé Jean-Pierre Farandou.
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