Professions financières
Professions financières
2021, année de tous les dangers pour les banques européennes
En dépit des perspectives encourageantes qu'offre la mise au point de vaccins contre le coronavirus, l'année 2021 ne sera pas un long fleuve tranquille pour les banques de la zone euro. En effet, elles font face à de multiples obstacles.
Les taux d'intérêt sont promis à rester très bas pendant encore plusieurs années, comme l'a encore confirmé Christine Lagarde, la présidente de la Banque Centrale Européenne (BCE) jeudi dernier. L'institution d'émission de la monnaie unique maintiendra sa politique ultra-accommodante au moins jusqu'au début de 2022, sachant qu'il est peu probable que l'inflation revienne de telle sorte qu'elle ait besoin de remonter les taux en urgence et que le niveau d'endettement record des acteurs économiques interdit une éventuelle remontée autre qu'ultra progressive. Cette perspective ne fait pas les affaires des établissements de crédit, dont les revenus de marge d'intérêt dans leur activité de prêt dépend des taux directeurs. Elles doivent donc se préparer à voir la rentabilité de leur banque de détail demeurer sous pression encore longtemps.
Pour ne rien arranger, les créances douteuses risquent de monter en flèche l'année prochaine, obligeant les banques à accroître leurs provisions, plombant d'autant plus leur rentabilité et fragilisant leur bilan. Car elles subissent le même effet à retardement que les entreprises, qui ont été maintenues à flot en 2020 grâce à des emprunts massifs soutenus par les mesures gouvernementales. Contrepoint de cette affluence de liquidités, les bilans se sont fragilisés et l'on craint pour les années à venir une flambée des incidents de crédit - les agences de notation ont d'ailleurs toutes tiré la sonnette d'alarme à ce propos. Concrètement, les banques auront plus de mal à se faire rembourser.
A l'occasion de son bilan annuel de la santé du secteur vendredi dernier, l'Autorité bancaire européenne (ABE) a précisément mis cette situation en évidence pour s'en inquiéter : si "les banques ont conservé une situation solide en matière de capital et de liquidités […] la qualité des actifs devraient se dégrader de manière conséquence lors des prochains trimestre", explique-t-elle. L'ABE recommande ainsi aux établissements de "prendre contact le plus tôt possible avec les emprunteurs en difficulté, pour trouver des solutions comme des moratoires". Le superviseur européen confirme également les menaces qui pèsent sur la rentabilité du secteur.
A ces situations s'ajoutent la difficulté actuelle des banques de la zone euro à séduire les investisseurs en s'affichant comme des valeurs de rendement. La BCE qui les avait enjointes de geler le versement de dividendes cette année afin qu'elles préservent leur trésorerie pour soutenir l'économie devrait assouplir sa position cette semaine. Comme vient de le faire la Banque d'Angleterre, qui a autorisé jeudi dernier leurs concurrentes britanniques à distribuer leurs bénéfices aux actionnaires de manière encadrée : les dividendes ne devront pas être versés immédiatement mais mis en réserve, tandis que leur montant total ne devra pas excéder 0,2% de leurs actifs pondérés du risque au 31 décembre 2020 ou 25% des bénéfices cumulés en 2019 et 2020, déduction faite des versements aux actionnaires déjà effectués. Les banques américaines, de leur côté, n'ont été invitées par leur superviseur qu'à fixer une limite aux versements.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

