WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Sur les marchés

Sur les marchés

L'ESG atteint des sommets

La classe d'actifs des émissions de dette ESG et "à impact" a franchi un nouveau palier en 2020 et devrait poursuivre sur sa lancée l'année prochaine.
ESG
ESG

2020 est incontestablement l'année de la pandémie. Mais sur le marché de la dette d'entreprises, c'est aussi l'année où le thème de l'ESG (environnement, social et gouvernance) s'est imposé. Alors que les émissions mondiales réalisées via cette famille de produits avaient déjà fortement progressé entre 2015 et 2019 (le montant émis a été multiplié par 5,7 entre 2015 et 2019, passant de 42 à 240 milliards de dollars), elles pourraient quasiment doubler pour atteindre près de 450 milliards de dollars en 2020, selon les calculs de Deutsche Bank.

Alors que la catégorie des obligations "vertes" (permettant le financement d'un projet ayant un effet positif sur l'environnement), la plus ancienne, progresse assez peu (+13 % entre 2019 et 2020, à 218 milliards de dollars), les catégories les plus récentes bondissent littéralement : les émissions de social bonds (à conséquences sociales positives) décuplent à 148 milliards de dollars, tandis que le montant des obligations "durables" (ou sustainability bonds, qui réunissent les traits des deux catégories précédentes) progresse de 144 % à 78 milliards. Ce succès ne s'est pas démenti avec la fin de l'année : "Vingt émissions ont été annoncées dans la zone EMEA [Europe, Moyen-Orient, Afrique, ndlr] au cours de la deuxième semaine de décembre, contre une moyenne hebdomadaire de dix en temps normal", pointe Berthold Fuerst, co-responsable de la couverture des grands comptes et du conseil pour la banque d'investissement de Deutsche Bank

De nombreux émetteurs ont réalisé leur émission inaugurale cette année, que ce soit sous forme d'ESG bonds classiques ou d'émissions, plus récentes, "à impact" (Vodaphone, Zigo…), dont une partie du coupon est conditionné à l'atteinte d'objectifs chiffrés en ESG, appelés "KPI", pour Key Performance Indicator (réduction d'émissions polluantes, un conseil d'administration plus inclusif, augmentation des formations pour les salariés les moins qualifiés, etc.). Certains ont même doublement innové, à l'image de Schneider Electric, qui a réalisé la première émission mondiale d'obligations convertibles à impact, pour 650 millions d'euros. "L'ESG a été un focus majeur pour les émetteurs comme les investisseurs. Les émissions ont eu lieu sur des secteurs très variés, avec un certain nombre de premières, à l'exemple de Chanel, premier émetteur non noté dans le luxe à introduire des objectifs de réduction d'émissions carbone", confirme Valérie Jourdan, co-responsable des marchés de dette dans la zone EMEA pour BNP Paribas. Tous ces éléments sont des signes de l'approfondissement croissant du marché de l'ESG au sein des classes d'actifs de dette. 

Au sens large, l'ESG a donc fortement contribué au niveau exceptionnellement élevé des émissions primaires obligataires (DCM) réalisées par les sociétés notées en catégorie investment grade (notées BBB- ou mieux). À la date du 27 novembre, le montant total d'émissions dans la zone EMEA d'entreprises investment grade ont progressé de 16 % et atteint le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, indique la société de statistiques financières Dealogic.

L'ESG infiltre également le M&A. Comme l'indique Berthold Fuerst, "les dirigeants passent les activités de leurs entreprises au crible de l'ESG". Des groupes comme Engie ou Total réorientent leurs portefeuilles en fonction des objectifs qu'ils se sont fixés en matière de décarbonation, ou de diversité managériale, par exemple. "Plusieurs opérations ne se sont pas faites car l'acheteur ne souhaitait pas acquérir un portefeuille avec des centrales à charbon", rappelle un banquier.

L'année 2021 ne devrait pas faire démentir la tendance, car si les émissions de dette ESG et "à impact" permettent aux entreprises d'avancer dans leur politique liée au développement durable tout en répondant à leurs besoins de financement, c'est aussi parce qu'elles répondent à une demande croissante des investisseurs. "La thématique s'est diffusée dans les obligations et les prêts bancaires en 2020 et elle est en train de gagner le segment des opérations KPI-linked : la classe d'actifs s'ouvre ainsi à un champ d'émetteurs plus vaste que celui des émetteurs d'obligations vertes", explique un professionnel. Ce qui laisse augurer d'un avenir dynamique pour cette classe d'actifs.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article