Assurances / mutuelle / Mutuelle de Poitiers
Assurances
mutuelle / Mutuelle de Poitiers
Assurance : le succès du modèle mutualiste en temps de crise
Chaque secteur a connu ses enjeux cette année. En ce qui concerne celui de l’assurance, s’il a été peu affecté par les mesures prises par le gouvernement pour freiner la pandémie, il a souffert d’une détérioration de son image. L’absence de prise en charge par les assureurs des pertes d’exploitation a été vivement critiquée par les restaurateurs et entreprises, ainsi que par Bercy les lobbys. Pourtant, plusieurs mutuelles ont su faire preuve d’agilité devant ce cas de figure inédit de pandémie généralisée. Le directeur général de la Mutuelle de Poitiers assurances, Stéphane Désert, joint par WanSquare, s’est livré à ce sujet. "Face aux attentes légitimes des assurés, […] nous avons pris un certain nombre de mesures de solidarité tout au long de l’année, comme la baisse des tarifs en soutien aux professionnels en difficulté, l’octroi de mois gratuits, l’aménagement de modalités de paiement pour soulager la trésorerie des professionnels en difficulté etc.". Par ailleurs, juste avant que la Fédération française de l’assurance (FFA) ne s’accorde avec Bruno le Maire sur une gelée des primes d’assurances il y a trois semaines, la Mutuelle de Poitiers annonçait son intention de redistribuer une partie non négligeable des cotisations ses sociétaires. "Nous avons pris la décision de redistribuer 2 % des cotisations perçues en 2020 à l’ensemble de nos 500.000 assurés pour tous leurs contrats. Cela représente un peu plus de 50 % de notre résultat estimé pour l’année 2020, donc un montant conséquent" révèle Stéphane Désert. Il précise que cette décision a été prise assez naturellement puisqu’il leur semblait "juste et approprié" de faire un geste envers leurs sociétaires au vu de la situation. La Maif avait également annoncé un geste exceptionnel envers ses assurés au printemps dernier, et plusieurs mutuelles ont prévu dès le début du mois de geler les primes pour 2021 selon l’Association des assureurs mutualistes (AMM).
Le modèle mutualiste en vogue
La pandémie a révélé le caractère agile des mutuelles face à ce type de situation. Desservies par la liberté de décision dont elles bénéficient, les mutuelles ont été les premières à anticiper les demandes du ministre, bien avant les compagnies d’assurances. Stéphane Désert, partisan de son modèle d'assurance, précise à ce propos, que c'est grâce au système mutualiste que son conseil d’administration a pu rapidement s’accorder sur la redistribution des cotisations. "Que l’on soit ou que l’on ne soit pas en situation de pandémie, nous n’avons pas vocation à tirer profit de la situation pour générer des résultats anormalement importants. Notre attention est portée principalement sur les sociétaires." Il renchérit, "notre avantage est de pouvoir nous projeter dans le temps long puisqu’il n’y a pas d’actionnaires à satisfaire". Par ailleurs, les aspirations actuelles des Français ont changé : l’importance grandissante des critères "ESG", soit de considérations pas seulement économiques mais aussi éthiques dans le choix de leur système d’assurance, devrait favoriser les mutuelles selon Stéphane Désert. "Le modèle coopératif mutualiste répond à une approche raisonnable, à une aspiration au responsable, à la sobriété. Les nouvelles générations d’assurés seront attentives à ces aspects".
Révélation d’un risque inassurable
Un des enjeux du secteur révélé par la crise ne trouve cependant pas plus de réponse de la part des mutuelles que des compagnies d’assurances : l’absence de couverture du risque pandémique, et l’impossibilité à l’échelle d’une société de couvrir ce risque. Par sa nature généralisée, sa couverture suppose qu’un assureur soit capable de verser à tous ses assurés en même temps l’argent cotisé. C'est impossible via le modèle actuel de l’assurance, qui suppose un système de compensation entre ceux qui cotisent et ceux qui demandent la couverture d’un sinistre. Pour rendre ce type de risque assurable, cela nécessiterait un partenariat avec l’État. Bruno Le Maire œuvre dans ce sens mais il a annoncé qu’aucune prime se serait exigée l’année prochaine pour couvrir ce risque car cela obligerait les entreprises déjà touchées par la crise à débourser une somme supplémentaire. Pour l’instant, il a été décidé que les entreprises bénéficieront d’un régime d’épargne défiscalisée leur permettant de se constituer un coussin de résilience en attendant de trouver une solution plus satisfaisante.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

