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L'Europe, un terrain de chasse devenu familier pour les activistes
Le premier confinement avait considérablement ralenti les campagnes des fonds activistes, avant de reprendre du poil de la bête à partir du mois de mai aux États-Unis et le mois suivant en Europe. Mais c'est surtout au dernier trimestre que leurs initiatives ont rebondi. Selon le baromètre trimestriel mondial de la banque Lazard, 57 nouvelles campagnes ont été inaugurées à travers le monde - soit une hausse de 128 % par rapport au trimestre précédent. Le rebond a été nettement plus marqué aux États-Unis, terre d'élection de cette pratique qui a enregistré un triplement du nombre de nouvelles initiatives (à 30). Il marque le retour des campagnes sur de grands groupes : Third Point sur Intel et Disney, Elliott sur Public Storage, Engine No.1 sur Exxon.
Sur l'ensemble de l'année, les campagnes restent en recul au niveau mondial tant en nombre (-13 %), qu'en montants déployés dans de nouvelles campagnes (39,6 milliards de dollars, contre 42,3 milliards en 2019). Mais l'Europe a au contraire connu une hausse de 21 % des nouvelles campagnes par rapport à 2019, portées par un premier et un dernier trimestres particulièrement dynamiques : les 58 opérations de la période représentent même un record absolu pour ce continent, dont 22 au cours du quatrième trimestre.
Ce "nouveau paysage de l'activisme européen", comme le qualifie Lazard, a concerné autant les grands groupes que les petites ou moyennes capitalisations et aucun des principaux marchés n'y échappe. En outre, et ceci explique peut-être cela, le visage de ces trublions se diversifie. "Des activistes occasionnels et des investisseurs institutionnels représentent désormais la moitié des campagnes" qui ont pour cadre les Bourse du Vieux continent, commente Lazard. En 2018 et 2019, leur part atteignait en moyenne 27 %. Les actionnaires rendus en colère par les manquements perçus des dirigeants et des administrateurs n'hésitent plus et les attaquent de plus en plus - comme l'illustre la campagne éclair victorieuse du trio mené par Xavier Niel contre les mandataires d'Unibail-Rodamco-Westfield en octobre et novembre dernier.
Si les acquisitions ou cessions restent le thème central des revendications des activistes comme les années précédentes (48 % en Europe en 2020, contre 54 % en 2019) ; mais les demandes de changement d'administrateurs ont été plus présentes (29 % contre 23 %). Les protagonistes font également monter la pression sur les critères ESG, que ce soit sur les critères de diversité dans les conseils d'administration, le reporting unifié ou la gouvernance en général.
L'année 2021 promet d'être également dynamique concernant l'activité des agitateurs. D'une part parce qu'à la faveur de la crise sanitaire, "l'adoption de pilules empoisonnées a explosé aux États-Unis, avec 96 résolutions en ce sens en 2020, contre 30 en 2019", explique Lazard. Or, les activistes, comme les actionnaires en général, n'aiment pas ces dispositifs qui limitent la possibilité d'une entreprise à se faire acheter. Bien évidemment, la question du retour des dividendes et des rachats d'actions sera également au centre des préoccupations.
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