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Carrefour, Bruno Le Maire, IDE, investissements, Couche-Tard

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Carrefour relance la polémique sur les IDE

Le gouvernement français n'a pas tardé à s'opposer à l'offre de Couche-Tard sur le distributeur français, évoquant un secteur "stratégique". Ses arguments sont toutefois étranges.
Bruno Le Maire
Bruno Le Maire

Ce n'est un secret pour personne : l'État français a une conception très extensive de la notion de secteur stratégique. Cela s'est confirmé ces derniers jours dans l'opposition du gouvernement français au projet d'acquisition du géant français de la grande distribution Carrefour par son homologue canadien Alimentation Couche-Tard, annoncée dans la nuit de mardi à mercredi.

Mercredi soir, le ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire a manifesté sa réticence. "Carrefour est un chaînon essentiel de la souveraineté et la sécurité alimentaire des Français, qui est en jeu dans cette opération. Le jour où vous allez chez Carrefour et qu'il n'y a plus de pâtes, plus de riz, plus de biens essentiels, vous faites comment ?", s'était-il demandé.

Un rapport qui laisse toutefois songeur : les pays où sont fortement implantés des distributeurs non nationaux ne souffrent pas davantage de pénuries que les autres. Les Brésiliens peuvent en témoigner, eux qui se rendent par millions quotidiennement dans les magasins de… Casino (via ses nombreuses marques locales) et Carrefour. Et les distributeurs étrangers en France (comme Lidl) n'ont pas réorienté leur approvisionnement vers l'Allemagne au prétexte du confinement.

Hier, Elisabeth Borne, la ministre du Travail, a enfoncé le clou, avançant que le distributeur jouait "un rôle très important dans notre sécurité alimentaire" et rappelant qu'il était le premier employeur privé du pays - un argument qui devrait davantage porter si Couche-Tard avait des exigences de rentabilité incompatibles avec l'extrême compétitivité du marché français de la distribution.

"Il y a un décret sur le contrôle des investissements étrangers en France qui nous permet de donner ou non notre accord à des opérations de ce type-là", a précisé Bruno Le Maire. Les règles sur le contrôle des investissements directs étrangers (IDE) ont même été renforcées l'année dernière, en partie à l'occasion des bouleversements provoqués par la crise sanitaire. Le seuil de déclenchement d'une procédure de contrôle dans le cas d'une prise de participation dans une société cotée française a été baissé à 10% de détention des droits de vote. En outre, la liste des activités stratégiques a été enrichie : en janvier à la sécurité alimentaire (ce qui concerne donc Carrefour) et en juillet aux activités de R&D dans les biotechs.

Une critique malvenue contre un groupe canadien

La première liste a été établie en 2005, avec la Défense, la sécurité privée, les technologies de l'information et les jeux d'argent. Elle a été élargie en 2014 avec l'énergie, les transports, l'eau, la santé et les télécoms.

À peine née, l'initiative de Couche-Tard a donc du plomb dans l'aile. En effet, dès le jour de sa première déclaration, Bruno Le Maire a appelé un peu plus tard les deux principaux actionnaires de Carrefour, la famille Moulin, qui détient 12,6% de son capital, et le groupe Arnault, 8,6%.

En tout cas, l'affaire va relancer le débat sur la "fermeture" du marché français à la liberté des affaires. Certes, historiquement très en retard sur la question, la France n'a fait qu'emboîter le pas aux législateurs américains sur le contrôle des IDE, qui peut être extrêmement contraignant dans les secteurs régaliens - mais pas dans une conception aussi large que la loi française. Dans ce cas précis, la contestation est malvenue alors qu'Alstom vient d'acquérir la branche ferroviaire du conglomérat canadien Bombardier et qu'Airbus a pris totalement le contrôle du programme de moyen-courrier CSeries de Bombardier, rebaptisé A220.

Si le titre Carrefour a bondi de 13,4% mercredi, les déclarations du gouvernement ont un quelque peu douché l'enthousiasme. L'action a clos en baisse de 2,5% jeudi, à 17,1 euros, après avoir perdu plus de 7% en début de séance, alors que les discussions avec Couche-Tard se font sur une base de 20 euros.

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