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Entreprises / Actions

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Danone rattrapé par sa gouvernance

Face à l'entrée de l'activiste Bluebell au capital du groupe, le gouvernement est monté au créneau. Mais il n'est pas certain que les modifications de gouvernance demandées soient la priorité.
Emmanuel Faber - Danone
Emmanuel Faber - Danone

À force de temporisation, Danone paye peut-être ses choix de gouvernance et de stratégie. C'est en tout cas l'une des conclusions que l'on peut tirer de l'entrée du fonds activiste Bluebell Capital Partners au capital du géant français de l'agroalimentaire. L'investisseur basé à Londres, qui a acquis ses premières actions dans le courant de l'année 2020, a demandé aux dirigeants du groupe une modification de sa stratégie et de sa gouvernance - non moins que le remplacement de son médiatique PDG Emmanuel Faber et la scission des fonctions de président et de directeur général. "La performance de l'action a été décevante sous la direction de Mr Faber", ajoute Bluebell Capital dans son courrier adressé à Michel Landel, membre du conseil d'administration de Danone.

Le gouvernement, qui s'est déjà fait remarquer la semaine dernière en faisant capoter les discussions entre le canadien Couche-Tard et Carrefour, est monté au créneau ce matin. Le ministre de l'Economie et des Finances Bruno Le Maire a indiqué que l'Etat français serait "vigilant" envers Danone. "Dès lors que les entreprises touchent à la sécurité alimentaire du pays, qu'il y a des dizaines, parfois des centaines de milliers d'emplois en jeu, il est normal que l'Etat, qui est là pour veiller aux intérêts des Français, regarde ce qui se passe et ne laisse pas faire", a-t-il déclaré sur BFM Business.

La séparation des fonctions de direction est une vieille revendication des investisseurs institutionnels - en particulier anglo-saxons - à l'égard du capitalisme français, dont les dirigeants ont eu du mal à se départir. Lorsque les deux fonctions sont assurées par un dirigeant charismatique et/ou peu porté sur le compromis, le marché craint une trop forte concentration du pouvoir et l'absence de remise en cause. Danone est d'ailleurs totalement conscient de ses sujets de gouvernance, de performance financière et d'évolution de l'action. En décembre dernier, le groupe a fait évoluer son conseil d'administration pour accompagner son plan d'adaptation "Local First" - visiblement pas suffisamment au goût de certains.

Mauvaise cible ?

La nouvelle a fait monter le titre mardi (+2,7% à 56,18 euros) mais les déclarations du ministre ont douché l'enthousiasme aujourd'hui (-2% vers 16h). L'arrivée de Bluebell au capital de Danone est, sur le principe, plutôt bien perçue par les investisseurs, tant l'action déçoit : elle a perdu 21% en trois ans et entre 2007 et 2021, la capitalisation du Français a gagné 9 milliards d'euros, pendant que celle de son concurrent Nestlé progressait de… 79 milliards. Mais les avis divergent sur la marge de manoeuvre et la pertinence stratégique du fonds activiste.

"La situation est, à ce stade, très malsaine, et pourrait plus faire le jeu de la discorde qui transpire depuis septembre au sein du board [conseil d'administration, ndlr] et du Top management dans un contexte qui ne laisse aucune place à ce type de distraction", avertit Oddo BHF. De quoi déboucher sur un résultat "moins attrayant que ce que le marché pourrait penser". Ce d'autant plus que, selon UBS, les difficultés opérationnelles de Danone ne sont pas prioritairement liées à des problèmes de gouvernance et d'exécution - mais plutôt à "l'accumulation de vents contraires structurels".

À se concentrer sur Emmanuel Faber, Bluebell raterait la cible : pour UBS, seul un important remaniement du portefeuille d'activités est en mesure d'améliorer la situation de Danone. Les problèmes de Danone sont "des marques faibles […] et une stratégie focalisée sur l'amélioration des marges par la réduction des coûts", estime le courtier Bernstein - Danone veut en effet atteindre 1 milliard d'euros d'économies annuelles d'ici à 2023. Comparées à celles de son concurrent Nestlé, les marges de Danone sont inférieures de près de 5 points de pourcentage, remarque pour sa part Alphavalue. Qui rappelle que le pôle produits laitiers frais (40% de son chiffre d'affaires) subit une forte concurrence, notamment dans les économies développées, dont la performance est largement dépendante des variations de prix des matières premières.

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