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Getlink : l'effet prix et les marchandises compensent un peu
2020 est une année exceptionnelle pour Getlink. L'opérateur du tunnel sous la Manche a été confronté à deux contraintes extrêmes : la crise sanitaire, qui a provoqué le gel puis un fort ralentissement du trafic, et le Brexit, dont les négociations se sont avérées très laborieuses. Dans ce contexte, la baisse de son chiffre d'affaires de 24% en 2020 à 816 millions d'euros (dont -23% au quatrième trimestre à 194,3 millions), selon les premiers chiffres non-audités publiés jeudi, peut apparaître comme un moindre mal. D'ailleurs, le consensus des analystes prévoyait un revenu annuel de 791 millions. La surperformance par rapport au consensus est portée par la division Navettes (camions, voitures et autocars), qui a encaissé 521 millions d'euros en 2020 (-17% par rapport à 2019), contre un consensus à 495 millions.
Getlink a en effet pu amortir partiellement le double choc de la pandémie et du Brexit en profitant de l'effet rareté pour jouer sur le prix des billets (le "yield"). UBS estime ainsi que le yield de l'activité Navettes a progressé de 15 à 18% au quatrième trimestre par rapport à la même période de l'année précédente et de 23% au troisième trimestre. Une bonification qui s'est concentrée sur les voitures, avec un yield estimé par UBS compris entre 45 et 50% au dernier trimestre et de 38% au troisième - contre +4% pour les camions au cours de ces deux trimestres. Getlink a profité du retour massif de voyageurs britanniques suite au deuxième confinement décidé soudainement par Boris Johnson pour gonfler les prix.
Si 2020 est une année noire pour le tourisme, le fret a en revanche bien résisté et constitue le deuxième élément de résistance relative de l'activité de Getlink. Le trafic de camions n'a reculé que de 9% (à un peu plus de 1,45 million de véhicules), contre -46% pour les voitures et -77% pour les passagers de l'Eurostar (avec seulement 2,5 millions de voyageurs ferroviaires). Le trafic de camions a même connu une hausse de 3% au dernier trimestre, malgré la vague de couvre-feux ou de reconfinement qu'a connue l'Europe à partir du mois d'octobre. Le fret strictement ferroviaire de Getlink (la filiale Europorte) a limité la chute de son chiffre d'affaires à -3% (à 122,7 millions d'euros), avec un bond de 11% au quatrième trimestre, grâce - une fois n'est pas coutume - au contexte sanitaire. Le groupe évoque "la forte demande de trains additionnels de dernière minute pour l'acheminement de produits nécessaires à la fabrication de gel hydroalcoolique", ainsi que le "démarrage de nouveaux trafics nationaux et internationaux", notamment avec l'Allemagne et l'exportation de céréales vers la Chine.
En revanche, et c'est probablement ce que les investisseurs ont sanctionné en Bourse (l'action perdait plus de 2,6% vers 16h45), Getlink n'a pas été en mesure de communiquer des perspectives pour 2021. Ce n'est pas vraiment une surprise, quand l'on sait que son principal client, Eurostar, a demandé lundi une aide aux Etats français et britannique pour éviter la faillite, après avoir perdu 82% de ses revenus en 2020. Le ministre délégué chargé des Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a déclaré aujourd'hui que Paris et Londres travaillaient ensemble "à des mécanismes d'aide proportionnés à l'implication de chacun dans Eurostar, de manière à pérenniser sur le plan financier le modèle économique d'Eurostar", détenu à 55% par la SNCF, 40% par le britannique LCR et 5% par la SNCB belge.
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