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Vivendi se penche sur le dossier espagnol Prisa
Un mois après avoir signé une promesse d'achat sur l'éditeur français Prisma Media, acquis auprès de l'allemand Bertelsmann, Vivendi passe les Pyrénées. Le groupe de médias et de divertissement a annoncé ce matin l'acquisition de 7,6% du capital de l'espagnol Prisa, éditeur coté et propriétaire de médias de référence de la péninsule (comme les quotidiens El Pais, As et Cinco Dias, les radios Cadena SER et Radio Caracol et la chaîne de télévision portugaise TVI), mais aussi de l'éditeur scolaire hispanique Santillana et du réseau radiophonique latino-américain Los 40 Principales. Prisa détient également 20% du Monde Libre, holding qui contrôle le groupe français Le Monde (Le Monde, L'Obs, Courrier International, Télérama…).
Vivendi a fait preuve d'opportunisme : si le groupe de Vincent Bolloré ne précise pas comment il a acquis cette participation, WanSquare est en mesure d'affirmer qu'elle a été acquise auprès de la banque britannique HSBC, qui a annoncé le matin même la vente d'un bloc d'actions de 7,89% pour 52 millions d'euros, sans préciser l'identité de l'acheteur. En outre, la valorisation boursière de Prisa est très faible, si l'on considère son portefeuille de médias.
Dans son communiqué, Vivendi justifie l'opération par sa volonté de se développer dans les contenus et "d’élargir son accès aux marchés de langue espagnole en Europe, en Amérique latine et aux Etats-Unis". Le groupe "est déjà très présent sur ces marchés, notamment à travers Universal Music Group, Havas et Gameloft". Il détient le producteur télévisuel espagnol Bambu Producciones et l’un de ses principaux studios de production de jeux vidéo est basé à Barcelone (le jeu Asphalt de Gameloft y est notamment conçu). Vivendi gère également des services de billetterie en Espagne.
L'on peut malgré tout s'étonner de cette prise de participation ultra-minoritaire dans une société qui a traversé de grandes difficultés et qui reste en pertes dans un contexte très défavorable aux recettes publicitaires en raison de la pandémie. Pour se désendetter, Prisa mène depuis une dizaine d'années une campagne de cessions. En octobre dernier, il a vendu la branche espagnole de Santillana au finlandais Sanoma pour 465 millions d'euros. Le fait que Vivendi ne s'en soit pas porté acquéreur étonne vis-à-vis de sa déclaration d'aujourd'hui. Contacté, Vivendi évoque des synergies possibles avec des contenus partagés par différents supports de diffusion. Mais le groupe français reste un actionnaire très minoritaire.
À moins qu'il ne faille y voir une nouvelle étape dans le partage d'intérêts communs avec le principal actionnaire (à 29,9%) de Prisa : le fonds activiste Amber Capital. Les deux protagonistes sont en guerre contre les administrateurs et dirigeants du groupe Lagardère, à qui ils reprochent une gouvernance opaque et irresponsable. Or, Lagardère possède des actifs dans les médias susceptibles d'intéresser fortement le groupe de Vincent Bolloré : Lagardère Publishing, numéro 3 mondial du livre, et la radio Europe 1. Actuellement, Vivendi et Amber sont les principaux actionnaires de Lagardère (à environ 45%). Dans le dossier Prisa, Vivendi est peut-être en train de soutenir le fonds activiste, dont le fondateur Joseph Oughourlian a d'ailleurs pris la présidence du groupe espagnol en décembre dernier.
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