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Orange profite de l'engouement pour les infrastructures télécoms
La volonté de l'Etat d'assurer la couverture des zones d'habitations moins dense par la fibre optique pousse les opérateurs à trouver des solutions. Alliant les cessions d'actifs et la nécessité de développer la fibre en zone rurale, Orange a annoncé vendredi soir la vente de 50% du capital d'Orange Concessions à un consortium formé par La Banque des Territoires (émanation de la Caisse des dépôts et consignations), CNP Assurances (filiale de la CDC) et EDF Invest, le fonds d'investissement captif d'EDF. Orange Concession regroupe les contrats d'équipement de 23 Réseaux d'initiative publique qu'Orange avait remportés (soit environ 30% des RIP), soit 4,5 millions de prises FTTH. L'opérateur français et le consortium co-contrôleront la nouvelle société.
L'annonce conclut un processus concurrentiel qui a été interrompu six mois du fait de la crise sanitaire. Selon nos informations, le vainqueur s'est retrouvé en finale face au consortium formé par le fonds souverain de Singapour GIC et l'assureur français Predica et au consortium qui unissait les fonds d'infrastructures Equitix et Infrared Capital Partners à l'assureur Swiss Life. Lors des tours précédents, des acteurs comme le fonds Blackstone, la Caisse de dépôt et placement du Québec, ainsi que le Canada Pension Plan Investment Board se sont également penché sur le dossier.
"Orange a posé deux critères : la maximisation de la valeur et la minimisation du risque d'exécution", raconte un témoin. Si chaque candidature avait ses mérites (Predica est une filiale du Crédit Agricole et GIC un investisseur crédible, tandis que Swiss Life bénéficie est solidement implanté et connecté en France), le ticket CDC-CNP-EDF disposait de plusieurs atouts : une bonne entente due à un alignement d'intérêts certain. "Les trois acteurs sont très bien perçus des collectivités locales et leurs mécanismes de décision sont bien connus. Il n'y a pas d'écarts dans leurs stratégies d'investissement", explique à WanSquare Hubert Preschez, coresponsable des activités de banque de financement et d'investissement chez HSBC Continental Europe, qui conseillait la CDC dans l'opération.
Le poids de l'Etat dans la CDC et EDF assure en effet une certaine garantie de présence à long terme : les boucles de fibre optique locales participent évidemment au développement des collectivités locales et à l'égalité des territoires (ce qui explique que ce soit la Banque des Territoires qui participe au consortium au nom de la CDC) et EDF a des engagements de passif de très long terme liés au financement du démantèlement de ses centrales nucléaires (EDF Invest assure précisément la gestion des investissements non cotés au sein du fonds de démantèlement). "La fibre assure également le développement d'autres projets structurants comme la 5G, puisque ses antennes sont connectées par la fibre, l'internet des objets… Ce sont des investissements qui exigent des partenaires à très long terme, capables de mobiliser du cash à longue échéance avant de demander à percevoir des dividendes", ajoute Hubert Preschez.
L'opération a également permis à Orange d'allier sa volonté affichée de couvrir le territoire français et ses intérêts pécuniaires : les valorisations records atteintes par les actifs d'infrastructures télécoms (Telefonica a cédé sa filiale de tours Telxius à American Towers à un multiple inédit de 30,5) ont poussé l'opérateur français à se lancer lui aussi dans les cessions. La transaction valorise Orange Concessions à 2,675 milliards d'euros, dont une valeur de fonds propres de 2,2 milliards d'euros. Le groupe récupérera 1,1 milliard d'euros directement de la vente et 400 millions d'euros du remboursement d'un prêt d'actionnaire à la filiale. Les besoins futurs d'Orange Concessions ont été assurés par la mise en place d'une ligne de financement sans recours de 1,25 milliard d'euros. L'opération, qui réduit l'exposition au risque du groupe pendant une phase d'investissement, permettra en outre à Orange d'atteindre son objectif de trésorerie organique, souligne le courtier Bryan Garnier dans une note.
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