Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Vallourec sort de l'ornière au prix fort
Le sacrifice est dur pour les actionnaires, mais Vallourec avait-il le choix ? Le spécialiste des tubes en acier sans soudure a dévoilé hier son accord de principe sur sa restructuration financière. Il est massif, conformément aux premières déclarations de la direction en novembre 2020 : il prévoit une réduction d'un peu plus de moitié du montant de la dette de Vallourec SA, soit environ 1,8 milliard d'euros sur les 3,55 milliards comptabilisés en fin d'année, et le refinancement de la dette résiduelle. Et au terme de ce processus, le contrôle du groupe passera aux mains de fonds d'investissement.
Le désendettement se fait par trois volets. Une conversion en capital d'un montant de créances de 1,33 milliard d'euros, un abandon de 169 millions d'euros de créances accepté par les nombreuses banques commerciales de Vallourec (en échange de bons de souscription d'actions valables 5 ans), ainsi qu'une augmentation de capital de 300 millions d'euros destinée aux actionnaires existants - mais garantie par les créanciers qui convertiront leur dette (signifiant qu'ils souscriront à l'augmentation à proportion de ce qui n'aura pas été souscrit par les actionnaires). Le refinancement consiste principalement en une émission obligataire senior d'un peu plus d'un milliard d'euros, l'octroi par les banques commerciales d'un Prêt garanti par l'État (à 90% à un taux de 1,80%) de 262 millions d'euros et la mise en place par les banques commerciales d'une ligne de crédit renouvelable de 462 millions d'euros.
L'accord de principe - conclu avec un groupe de prêteurs représentant 65% du montant total de la dette financière de Vallourec mais qui devra encore être approuvé par les actionnaires réunis en AG et les comités de créanciers de la procédure de sauvegarde - sera mis en œuvre à la fin du premier semestre.
Si l'augmentation de capital a été décidée "pour limiter la dilution" des actionnaires actuels provoquée par la conversion de la dette, la dilution reste massive. Bpifrance et Nippon Steel, qui détiennent actuellement 14,6% du capital de Vallourec chacun et ont indiqué qu'ils y souscriraient, tomberont respectivement à 2,3% et 3,4% de participation. En fonction du taux de participation des actionnaires historiques à l'augmentation de capital, ils ne détiendront plus qu'entre 9,2% et 28,1%.
En revanche, le groupe verra les fonds Apollo et Strategic Value Partners (SVP) prendre les commandes. Le premier deviendra son actionnaire de référence (fort d'une participation comprise entre 23,2% et 29,3%), tandis que le second détiendra entre 9,7% et 12,3%.
"L'accord de restructuration financière réunit les trois objectifs que nous avions fixés à l'annonce du plan [en novembre dernier, ndlr] : un désendettement majeur, le refinancement de la dette résiduelle sur cinq ans et la conservation de la trésorerie disponible du groupe", a rappelé hier Edouard Guinotte, président du directoire de Vallourec, qui deviendra PDG lorsque la société adoptera le statut de société à conseil d'administration - une évolution de gouvernance également prévue par le plan. Sur le plan de la trésorerie, Vallourec disposait d'un matelas confortable de 1,39 milliard d'euros au 31 décembre dernier. Ces liquidités ne seront pas affectées par l'accord de restructuration financière.
Avec une telle bouffée d'oxygène, Vallourec va pouvoir travailler à redresser ses comptes et se concentrer sur ses objectifs opérationnels, dans des projections qui ont été préparées en octobre dernier dans le cadre des négociations financières et validées par les créanciers. Si, avertit le directeur financier (et futur DG délégué) Olivier Mallet, les prévisions pour 2021 sont destinées à être actualisées à l'occasion de la publication des comptes annuels 2020 le 17 février prochain, le groupe espère un fort redémarrage du résultat brut d'exploitation (RBE) en 2022, puisqu'il devrait atteindre 422 millions d'euros contre 258 millions estimés en 2020 et 347 millions en 2019. Le chiffre d'affaires devrait passer de 3,24 milliards en 2020 (toujours estimé) à 3,6 milliards deux ans plus tard, sans toutefois encore retrouver son niveau de 2019 (4,17 milliards). Grâce à la restructuration en cours, les frais financiers seraient réduits de 91 millions, à 105 millions d'euros et le levier financier net tomberait de 8,6 à 2,5 fois.
Le cours de l'action étant toujours suspendu, on ne sait pas encore comment réagiront les investisseurs. Si la brutalité de la dilution promise peut évidemment les faire fuir, la perspective de voir la survie de Vallourec assurée est un élément de soutien.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

