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Benoît Coquart défend la prudence de Legrand
Dure sanction boursière pour Legrand. Le groupe spécialisé dans les infrastructures électriques et numériques du bâtiment a chuté de 4,2 % hier à la clôture de la Bourse de Paris à 74,50 euros, alors que la baisse de ses résultats 2020 est réelle, mais totalement liée à la crise sanitaire. Son chiffre d'affaires total a reculé de près de 8 % à 6,1 milliards d'euros, tandis que les revenus à périmètre et change constants ont baissé de 8,7 %. Le résultat opérationnel ajusté a chuté de 12,8 % (à 1,16 milliard d'euros). Benoît Coquart, directeur général de Legrand, estime que le recul du chiffre d'affaires est relativement limité étant donné "notre surexposition à l'Europe du Sud, qui représente un quart de nos revenus et qui a été durement frappée par la crise sanitaire : cela montre que nous tenons bien nos parts de marché".
Les revenus organiques du quatrième trimestre ont reculé de 5,1 % (alors que le consensus anticipait -3,4 %), mais ils se sont nettement redressés par rapport à un premier semestre avait été particulièrement éprouvant. L'activité de Legrand en France s'était par exemple effondrée d'environ 65 % en avril, mais elle a pu renouer avec la croissance au dernier trimestre. Elle avait reculé de 50 % en Chine au premier trimestre, puis elle a connu une croissance à deux chiffres tout au long les neuf mois suivants, un redressement dont le groupe n'avait pas anticipé la vigueur. Seule l'Amérique du Nord et Centrale, plombée par les ravages de la pandémie aux États-Unis, est restée en forte baisse en T4 (-10,6 %).
Plus que les résultats, les investisseurs sont déçus par la prudence des dirigeants pour l'année 2021 et à moyen terme. Legrand anticipe une croissance organique de son chiffre d'affaires comprise entre 1 % et 6 %, ainsi qu'une croissance liée aux acquisitions d'au moins 3 %. La marge opérationnelle ajustée avant acquisitions est prévue entre 19,2 % et 20,2 %, contre 19,1 % l'année dernière. C'est moins que le consensus des analystes, établi à 6,2 % pour la croissance et à 19,9 % pour la marge.
"Nos objectifs prennent en compte le fait que la situation sanitaire n'est pas encore stabilisée, avec des restrictions toujours en vigueur en Europe, un nombre de contaminations qui reste important et un rythme de vaccination incertain", justifie Benoît Coquart. En outre, le groupe est phase d'acquisition, comme en témoignent les quatre opérations de croissance externe réalisées en 2020. "Avec une croissance externe prévue d'au moins 3 %, cela signifie que nous anticipons pour 2021 une croissance totale comprise entre 4 % et 9 % hors effet de change malgré toutes les incertitudes. Ce qui n'est pas très éloigné de notre fourchette cible de 5 à 10 % par an en moyenne pendant l'ensemble du prochain cycle économique", poursuit le dirigeant.
Les acquisitions jouent depuis plusieurs années un rôle important dans la stratégie de croissance de Legrand et cela va se poursuivre. Mais contrairement à d'autres secteurs, le groupe ne pense pas que la crise va provoquer un afflux d'opportunités et il entend poursuivre sa politique traditionnelle en la matière. "La pandémie n'a pas entraîné de difficultés majeures pour les entreprises de notre portefeuille de cibles et nos acquisitions sont davantage déterminées par des dynamiques de succession que parce qu'elles souffriraient de la crise. La moitié des acteurs sur nos marchés est constituée de PME, soit entre 3000 et 4000 sociétés. Parmi elles, environ 300 correspondent à nos critères et nous réalisons entre 4 et 6 acquisitions par an, des leaders souvent sur des marchés de niche, peu importe leur origine. Nous n'avons pas de problème de déséquilibre géographique de nos ventes".
Malgré sa prudence, Legrand compte néanmoins continuer à accroître ses budgets de R & D et dans l'informatique et le numérique. En 2020, il a investi 10 millions d'euros dans le seul thème de l'usine 4.0, soit 6 % de ses investissements totaux et le double du montant consacré en 2019.
En revanche, le groupe espère que, la croissance revenant, 2021 ne sera pas marqué du sceau de la restructuration, alors qu'il a dû fermer 9 sites en 2020 sur 130 dans le monde et réduire ses effectifs (intérimaires compris) de 8 % à structure comparable. "Les frais de restructuration ont représenté 76 millions d'euros en 2020, contre 20 à 25 millions d'ordinaire. Nous espérons en 2021 revenir au niveau d'une année normale", explique Benoît Coquart.
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