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La pandémie a porté les valorisations dans le M & A
C'est l'un des paradoxes apparents - et désormais connu - de la profonde crise économique dans laquelle la pandémie a plongé le monde en 2020 : l'activité des fusions-acquisitions ne s'est pas effondrée. Malgré un arrêt quasi-total au deuxième trimestre, elle n'a baissé "que" de 15 % par rapport à l'année précédente (à 2 800 milliards de dollars) grâce à une hausse de 30 % en valeur au cours du second semestre. Et, selon l'étude annuelle de Bain & Company sur le M & A dans le monde, la moitié des 300 professionnels de cette activité s'attend à une croissance dans le ou les secteurs qu'ils couvrent en 2021.
Mais l'étude va plus loin et montre également que les valorisations, elles, ont progressé. Selon les calculs du cabinet de conseil, le multiple moyen auquel les actifs ont changé de main en 2020 s'élève à 14 fois leur Ebitda, contre 13 fois un an plus tôt. Cette tendance surprend de prime abord : on aurait pu s'attendre à ce qu'elles déclinent, puisque si le marché a relativement bien résisté étant donné le contexte, il a malgré tout reculé (-15 % en valeur, donc, et -11 % en volume). Pendant la crise financière de 2008 par exemple, les multiples avaient chuté d'environ 30 % en deux ans.
Mais on peut citer plusieurs raisons. D'une part, la crise a été très discriminante. Si en effet elle a malmené de manière visible et brutale certains secteurs (en particulier l'aéronautique, le transport aérien, l'automobile, l'hôtellerie, l'énergie et la distribution non alimentaire en magasins), elle a en a littéralement porté certains autres. C'est par exemple le cas de la technologie et des télécommunications (consécutif au boom du télétravail et à l'accélération de la dématérialisation et de l'automatisation des procédés humains et industriels), de l'industrie pharmaceutique, des réseaux sociaux et du commerce électronique et livraisons à domicile. Dans certains cas, les valorisations ont atteint des niveaux stratosphériques sous forme de multiples de chiffre d'affaires, en particulier dans les nouvelles technologiques - encore plus si elles se mêlent à d'autres courants porteurs comme la santé : c'est le cas emblématique de la fusion de la plate-forme d'accompagnement des patients diabétiques Livongo avec le spécialiste de la télémédecine Teladoc pour 18,5 milliards de dollars, alors que le nouvel ensemble cumule un chiffre d'affaires de… 1,3 milliard de dollars.
D'autre part, l'argent est abondant et quasiment gratuit. Entre les plans de relance (qui ont de fait nationalisé le crédit), le maintien des taux directeurs à des niveaux historiquement bas (alors qu'une amorce de remontée se faisait jour jusqu'à l'éclatement de la pandémie), l'appétit des investisseurs - en quête désespérée de rendement - pour la dette d'entreprises et, pour finir, les sommes massives dont disposent les fonds de private equity (la fameuse "poudre sèche") ont maintenu les prix, voire les ont fait grimpé lorsque les cibles répondaient aux bonnes tendances économiques et sociétales.
En témoigne par exemple la montée en puissance des transactions liées à la volonté de l'acquéreur d'accéder à des compétences ou à de nouveaux marchés. Selon Bain, qui suit ce thème depuis plusieurs années, ces opérations ont représenté 56 % des acquisitions de plus d'un milliard d'euros, contre 41 % en 2015. Les nouvelles technologies ont évidemment été les premières bénéficiaires de cet afflux.
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