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Aéma entre dans la cour des grands en acquérant Aviva France
C'était l'une des opérations de fusion-acquisition les plus attendues en France depuis l'été dernier et la principale transaction dans le secteur de l'assurance de longue date : le britannique Aviva va vendre sa filiale française à Aéma, structure mutualiste issue du rapprochement entre la Macif et Aésio en janvier dernier. Les négociations exclusives ont été annoncées ce matin.
Le montant de l'opération illustre son importance : 3,2 milliards d'euros dette comprise. En effet, le périmètre comprend les activités d'assurance-vie, d'assurance de dommages et de gestion d'actifs en France, ainsi qu'une participation de 75% au capital de l'Union financière de France (UFF), acteur de la gestion de fortune. En 2019, Aviva France représentait un chiffre d'affaires brut de 7,8 milliards d'euros, pour trois millions de clients, un résultat opérationnel de 538 millions d'euros et un bénéfice net de 335 millions ; au 30 juin dernier, l'actif net atteignait 2,8 milliards. Sa société de gestion Aviva Investors affichait un encours de 115 milliards d'euros fin 2019 et UFF gérait près de 12 milliards d'euros à la date du 30 septembre 2020.
En raison d'une forte complémentarité, on comprend tout l'intérêt qu'il y avait pour Aéma à casser sa tirelire et acquérir Aviva France, alors qu'elle n'existe que depuis un mois. L'opération lui permet de faire un pas de géant en devenant l'un des cinq premiers groupes d'assurance dans l'Hexagone, avec un chiffre d'affaires de 16 milliards d'euros et 11 millions d'assurés. La Macif est surtout présente en dommages (elle est numéro trois de l'assurance automobile par exemple), tandis qu'Aésio, elle-même issue du rapprochement des mutuelles Apréva, Adréa et Eovi en 2016, était centrée sur la santé et la prévoyance. Avec Aviva France, Aéma va faire un bond en assurance-vie, en épargne patrimoniale et en assurance professionnelle. Elle va également ajouter un réseau d'agents généraux (le cinquième en France par la taille) à son réseau salarié. "À la suite de l'acquisition, Aéma Groupe disposerait de 11 milliards d'euros de fonds propres prudentiels, d'un niveau d'endettement comparable à celui des principaux acteurs du marché, et d'un ratio de solvabilité de plus de 165%, avec une trajectoire visant 200% à un horizon de quatre ans", ajoute le groupe mutualiste.
La taille d'Aviva France avait attiré plusieurs prétendants importants : Generali, troisième assureur européen, la société d'investissement Eurazeo et un tandem composé du bermudien Athora (spécialisé dans la reprise de portefeuilles de polices et filiale du fonds américain Apollo) et de l'allemand Allianz, numéro un européen de l'assurance. Le processus avait connu quelques rebondissements : craignant une vente au tandem Athora/Allianz, l'intersyndicale d'Aviva France/UFF/Epargne Actuelle et le Syndicat national des agents généraux d'Allianz France avaient publiquement accordé leur préférence à Aéma en janvier dernier - en raison de son caractère français, de sa volonté affichée de conserver l'ensemble des activités d'Alliance France et de l'absence de licenciements au moment du rapprochement entre la Macif et Aésio. Un critère important alors qu'Aviva France emploie 4.200 collaborateurs, sans compter un millier d'agents et autant de courtiers.
Pour Aviva, l'opération lui permet d'avancer dans son plan de recentrage autour de ses marchés jugés plus rentables, à savoir le Royaume-Uni, l'Irlande et le Canada. La vente de son deuxième contributeur lui permettra également de renforcer ses fonds propres et de rétribuer ses actionnaires, alors qu'en avril 2020, il avait renoncé à verser son dividende final au titre de l'année 2019 à la suite de la recommandation des régulateurs britannique et européen après la crise sanitaire. Contrepoids assumé de l'opération, le groupe britannique réduit considérablement la voilure puisqu'il perd d'un coup près de 20% de son chiffre d'affaires… "La vente d'Aviva France est positive pour la solvabilité d'Aviva plc parce qu'elle renforce la situation financière du groupe et alimente ses plans de désendettement, tout en réduisant la volatilité de son ratio de Solvabilité 2 en raison de sa sortie de l'assurance-vie française, sensible aux taux d'intérêt. A contrario, la vente va réduire la taille et la diversification du groupe, en accroissant sa dépendance vis-à-vis de ses trois marchés principaux", confirme Brandan Holmes, analyste de l'agence de notation Moody's.
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