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Accor veut croire en sa bonne étoile
Alors que nombre d'entreprises ont connu une embellie au second semestre qui leur a permis de sauver les meubles dans une année 2020 plombée par la crise sanitaire, celles du secteur de l'hôtellerie n'ont pas eu cette chance : elles n'ont pu profiter autant que d'autres des déconfinements plus ou moins partiels et ont dû, pour alimenter un semblant d'activité, concéder d'importants rabais.
En témoigne Accor, qui a publié ses comptes annuels ce matin. Sans surprise, sa rentabilité est à l'image de sa saison : catastrophique. Le groupe français, propriétaire des enseignes telles qu'Ibis, Sofitel, Novotel, Mercure ou encore Pullman, affiche ainsi une perte nette supérieure à ses revenus (1,98 milliard d'euros). C'est pire encore que ne l'anticipaient les consensus d'analystes établis par Factset et Bloomberg (respectivement 1,85 et 1,26 milliard d'euros de perte). Une telle situation exclut tout versement de dividende au titre de l'exercice 2020. Le groupe affiche même une perte brute d'exploitation (-391 millions, contre un excédent de 825 millions un an plus tôt).
Accor a vu son RevPAR (revenu par chambre disponible) perdre 62% en 2020 : cet indicateur fondamental de performance dans l'hôtellerie a été plombé par la période de confinement strict à travers le monde au deuxième trimestre où le RevPAR s'est effondré de plus de 88%, mais il a aussi subi une chute de 64,5% en deuxième moitié d'année. Le chiffre d'affaires annuel connait la même évolution, reculant de 55% à périmètre et change constants pour tomber à 1,61 milliard d'euros. "L'activité s'est sensiblement améliorée au troisième trimestre, avec notamment une bonne saison estivale en Europe", mais "les nouvelles restrictions prises par les gouvernements européens face à la recrudescence de l'épidémie au dernier trimestre ont stoppé la reprise amorcée durant l'été", explique Accor. Cette nouvelle dégradation est toutefois limitée à l'Europe. "Le RevPAR du groupe est en repli de 66,2% au quatrième trimestre ; celui de l’Europe diminue de 73,1%, alors que les autres régions poursuivent leur reprise progressive", précise-t-il. Une situation qui explique l'appel du PDG Sébastien Bazin à "sortir de la dictature du risque sanitaire" en novembre dernier…
Accor, rejoint par les investisseurs, a toutefois cherché les lueurs d'espoir. Le groupe précise ainsi que 82% des hôtels du groupe étaient ouverts en décembre, soit plus de 4 000 unités. Si l'Europe reste dans une situation difficile, Accor a observé des signes concrets de reprise en Asie, Afrique-Moyen Orient et Amérique du Sud au quatrième trimestre. Lors de la conférence de presse, Jean-Jacques Morin, le directeur financier, tout en rappelant toute l'incertitude que revêtait l'année 2021, a indiqué que le mois de janvier confirmait la tendance au redressement observé au quatrième trimestre 2020. "En 2021, alors que le déploiement de la vaccination permet un rebond progressif du tourisme porté notamment par la clientèle de loisirs, Accor est donc idéalement positionné pour bénéficier de la reprise et poursuivre avec détermination sa feuille de route", a indiqué Sébastien Bazin. Le groupe a annoncé en janvier un plan ambitieux d'ouvertures d'hôtels à travers le monde, en particulier dans les catégories "luxe" et "lifestyle". Il avait également présenté en août dernier le plan "Reset" destiné à réaliser 200 millions d'euros par an d'économies récurrentes, tout en occasionnant un coût exceptionnel de 300 millions (dont 168 millions en 2020) ; il a confirmé que ce plan produira un effet positif de 70 millions d'euros sur l'EBE en 2021.
Dans un accès d'optimisme, les investisseurs ont retenu ces signes d'espoir. Après avoir ouvert dans le rouge, l'action Accor s'adjugeait de plus de 2,5% vers 14h20 aujourd'hui. Elle a quasiment récupéré son niveau d'avant la pandémie, n'accusant plus qu'une baisse de 3,6% sur un an.
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