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Safran va encore serrer les boulons en 2021
Alors que certains secteurs espèrent entrevoir le bout du tunnel en 2021 après un exercice 2020 épouvantable, d'autres, comme l'aéronautique, se préparent à passer une année de plus au purgatoire. C'est le cas de Safran. L'équipementier aéronautique a subi la double peine l'année dernière : l'immobilisation du Boeing 737 MAX, suite aux crashs survenus en 2018 et 2019, et surtout les conséquences de la pandémie, qui ont cloué au sol les compagnies aériennes et gelé les commandes d'appareils. Il est toutefois parvenu à limiter la casse, s'attirant le respect des analystes. Mais pas des investisseurs.
Son chiffre d'affaires a chuté d'un tiers à 16,5 milliards d'euros l'année dernière, mais il est parvenu à rester rentable : il affiche un résultat opérationnel courant de près de 1,7 milliard d'euros (soit 3% de plus que le consensus des analystes), sa marge opérationnelle courante se maintient au-dessus de 10% (à 10,2%, contre 15,5% un an plus tôt), tandis que son résultat net reste positif, à 844 millions (il chute tout de même de 68%). À titre de comparaison, ses grands clients Airbus et Boeing ont annoncé des pertes qui se chiffrent en milliards et affichent aussi un résultat opérationnel dans le rouge. Cerise sur le gâteau, Safran a généré 172 millions d'euros de trésorerie libre sur le second semestre, quand les analystes en attendaient en moyenne 160 millions.
Le courtier Jefferies a salué "la capacité surprenante à adapter les coûts" dont a fait preuve Safran. Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'équipementier n'a pas fait dans la dentelle : il a réduit ses coûts opérationnels de 25% et ses investissements des deux tiers.
L'ennui est que Safran est loin de voir le bout du tunnel. Ce sont ses prévisions qui ont déçu. En cause, le manque de visibilité sur le rythme de reprise du trafic aérien, dont les prévisions se sont même dégradées ces derniers mois en raison des nouvelles restrictions de déplacement décidées par de nombreux gouvernements. Le trafic en Europe est encore inférieur de 75% à ce qu'il était en 2019 et la Chine a connu une baisse brutale au moment du Nouvel An lunaire - signe que les autorités de Pékin ne sont pas encore totalement sereines et sont prêtes à prendre des mesures radicales en cas de besoin. Dans ce contexte, Safran estime que son chiffre d'affaires devrait à nouveau reculer cette année, de façon évidemment plus modeste (entre 2 et 4% à périmètre et change constants). Mais il veut renverser la tendance en termes de marge et prévoit une progression de sa marge opérationnelle courante de plus de cent points de base (c'est-à-dire dépasser 11,2%), avec une génération de trésorerie libre au moins au niveau de celle de 2020.
Pour y arriver, Safran mise, une fois de plus, sur les économies : il n'a pas le choix puisque la baisse de la demande affecte l'aviation civile, dont les marges sont, pour les motoristes comme lui, les plus rémunératrices. Elles passeront notamment par la restructuration des sites industriels, avec ses conséquences sur l'emploi : en plus des 21.000 postes (intérimaires compris) supprimés l'année dernière, 1.500 l'ont déjà été au cours des six premières semaines de l'année en cours.
Les investisseurs n'ont pas été séduits par ce tableau. L'action Safran a subi la plus forte baisse du CAC 40 hier (-3,84% à 116,3 euros).
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