Taux - Dette Souveraine
Taux - Dette Souveraine
Les taux français repassent en territoire positif
C'est un événement qui n'est pas passé inaperçu parmi les investisseurs obligataires souverains hier. Pour la première fois depuis le mois de juin, le rendement de l'OAT 10 ans, l'un des plus faibles de la zone euro, est brièvement repassé en territoire positif. Le taux a ainsi atteint 0,03% en fin de journée hier, avant de re-franchir à la baisse le seuil des 0% ce matin, sans doute sous l'influence de la BCE, dont plusieurs membres ont averti qu'ils ne laisseraient pas les taux souverains s'envoler. À la mi-journée, ils étaient tout juste au-dessus de 0%.
Comme l'ensemble des rendements des États de la zone euro, celui des obligations françaises a sensiblement grimpé depuis la fin du mois de janvier. Motifs de cette hausse des taux français ? Une hausse généralisée des taux aux USA, suscitée par l'espoir d'une reprise économique plus rapide que prévu, grâce à l'accélération de la campagne de vaccination. Ce qui a du même coup fait grimper les perspectives d'inflation à moyen terme. Cette hausse des taux américains s'est ensuite propagée au Vieux Continent.
La vitesse de la hausse est inquiétante
Certes, cette progression des taux n'a finalement rien d'alarmant pour la France, alors que les rendements français ont tout juste retrouvé leurs niveaux pré-Covid (ils se traitaient autour de 0,122 % en décembre 2019) et s'échangent toujours à des niveaux historiquement bas. Mais "c'est la vitesse de la progression qui est impressionnante plus que la hausse en tant que telle", explique Jean-Christophe Machado, stratégiste chez Natixis. Le rendement de l'OAT 10 ans a grimpé de plus de 30 pb depuis le 27 janvier et sa progression s'est accélérée à partir de mi-février.
Hier, les taux américains à cinq ans ont même progressé de 20 points de base en une journée, malgré la tentative du président de la Fed d'apaiser les inquiétudes concernant la hausse de l'inflation. Mercredi, Jerome Powel, qui s'exprimait devant une commission parlementaire, a déclaré qu'il faudrait peut-être attendre plus de trois ans pour atteindre l'objectif d'inflation fixé par la Réserve fédérale. Signe que cette dernière ne s'attend pas à une flambée des prix à court terme et entend bien maintenir ses taux proches de zéro. "Le problème est qu'il y a une scission entre le discours des banquiers centraux et les marchés, qui ont arrêté d'intégrer une baisse des taux", explique encore Jean-Christophe Machado.
Le PLF 2021 prévoit un scénario de taux prudent
Côté français, le gouvernement a fort heureusement prévu un scénario de taux très prudent pour cette année dans le PLF 2021, anticipant un rendement de l'OAT 10 ans à 0,7% d'ici la fin de l'année (contre 0,003% actuellement). Selon le PLF présenté fin septembre, la charge de la dette devrait atteindre 36,4 milliards d'euros cette année, après 35,8 milliards en 2020, puisque "l'effet de taux devrait être moindre et l'inflation pourrait reprendre", selon Bercy. Il faudrait donc que la hausse des taux soit considérable (supérieure à 70 pb d'ici la fin de l'année) pour que la trajectoire des finances publiques de l'Hexagone en soit affectée. Rappelons que selon Fipeco, une hausse de 100 pb de tous les taux d'intérêt entraînerait une augmentation de la charge d’intérêt de la dette négociable de l’Etat, en comptabilité nationale, de 2,5 Md€ la première année. On est encore loin de ce scénario.
La prochaine émission de long terme de la France aura lieu jeudi prochain ; il sera intéressant à ce titre de regarder à quel taux les obligations ont été émises, afin de vérifier si le discours de la BCE a permis de temporiser le mouvement de hausse. Surtout que la banque centrale dévoilera lundi le montant de ses achats hebdomadaires de titres dans la cadre du PEPP. Si elle a accru ses achats cette semaine, les marchés pourraient être rassurés.
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