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La défense et Gemalto, boucliers de Thales face à la crise
Si Thales prévoit un rebond par rapport à l'année dernière, marqué par l'effondrement de l'aéronautique civile en raison de la pandémie, 2021 restera un exercice de convalescence. L'équipementier d'aéronautique, de Défense et de sécurité prévoit de réaliser un chiffre d'affaires compris entre 17,1 et 17,9 milliards d'euros et une marge opérationnelle de 9,5 à 10%. Certes, il espère bien une progression par rapport à l'année dernière - l'inverse aurait été inconcevable - puisqu'il a réalisé un chiffre d'affaires de 16,99 milliards d'euros en 2020 (-10,4% à périmètre et change constants), pour une marge de 8%. Mais les anticipations révèlent qu'il considère que son activité et sa rentabilité ne reviendront pas cette année au niveau de 2019, lorsque les revenus avaient atteint 18,4 milliards d'euros et la marge 10,9%. Les analystes attendaient d'ailleurs des objectifs en partie supérieurs : si leur consensus est en ligne concernant la marge, il atteint 17,9 milliards pour le chiffre d'affaires - soit l'extrémité haute de la fourchette de prévisions fournie par le groupe. Thales a peut-être payé sa modestie en Bourse, son action ayant passé la séance légèrement dans le rouge.
Patrick Caine, le PDG de Thales, explique que cet objectif témoigne du fait "qu'il y a encore beaucoup d'incertitudes" dans l'aéronautique civile, dont le chiffre d'affaires s'est effondré de 40% l'année dernière et pourrait encore reculer marginalement cette année. En revanche, le groupe anticipe un carnet de commandes relativement dynamique, équivalent à une fois le chiffre d'affaires au minimum, ce qui "soutient l'idée d'une accélération de la croissance à partir de 2022", estime Hugo Paternoster, analyste chez Alphavalue. Pascal Bouchiat, directeur financier de Thales, laisse également entendre que le montant pourrait assez nettement dépasser ce ratio plancher : il précise que l'objectif serait atteint même si le contrat géant obtenu par Thales Alenia Space auprès de l'opérateur de satellites Telesat (d'une valeur de 3 milliards de dollars) n'était pas comptabilité cette année.
Grosse surprise sur le cash-flow
La sérénité du groupe concernant son activité commerciale est nourrie par un quatrième trimestre 2020 particulièrement dynamique. Les prises de commandes ont en effet progressé de 8% par rapport au T4 2019 (avant crise donc), pour atteindre 9,3 milliards d'euros. Elles ont été portées par le pôle Défense & Sécurité (+31% à plus de 6 milliards d'euros), tandis que les contrats du pôle Aérospatial ont chuté de 29% (à 1,56 milliard). Concernant l'ensemble de l'année, Thales a cumulé 18,5 milliards d'euros de commandes (en baisse de 3%), grâce au pôle Identité & Sécurité numériques (+18% à 3 milliards), signe de la pertinence de l'acquisition de Gemalto. Un montant assez nettement supérieur au consensus, établi à 17,6 milliards. Au total, le groupe entame 2021 avec un carnet de commandes supérieur à 34,4 milliards d'euros (+2% par rapport au 31 décembre 2019).
Mais la plus grosse surprise l'année dernière concerne le free cash-flow. L'équipementier a dégagé une trésorerie disponible opérationnelle de 1,06 milliard d'euros (en baisse de 315 millions), alors que les analystes anticipaient en moyenne 599 millions seulement. Une performance qui s'explique par le succès des différentes mesures d'efficacité prises depuis 2019 (le plan d'adaptation à la crise a par exemple produit 850 millions d'euros d'économies, soit 100 millions de plus que l'objectif), le soutien apporté par certains clients "institutionnels et gouvernementaux" au plus fort de la crise sous la forme de délais de paiement réduits, ainsi qu'un phasage des acomptes sur les grands contrats moins défavorable que prévu. Le groupe anticipe un flux de même montant en 2021.
En 2020 comme en 2021, Thales doit et devra son relatif salut à ses pôles de Défense & Sécurité (étant donné le contexte géopolitique incertain, les Etats n'ont pas réduit leurs budgets de Défense) et d'Indemnité & Sécurité numériques grâce aux activités apportées par Gemalto. A titre d'exemple, 80% de la baisse de rentabilité opérationnelle de l'équipementier en 2020 est à imputer à la baisse de l'activité aéronautique civile, a résumé Pascal Bouchiat.
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