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Veolia tente une dernière approche vers Suez

Le prétendant propose de préserver l'ensemble du périmètre de Suez en France, dans lequel le fonds Mediriam investirait. Une concession qui représente une petite perte en synergies, mais pourrait rassurer les salariés et les collectivités locales - donc les pouvoirs publics.
Antoine Frérot
Antoine Frérot

Devant la perspective de voir la guérilla se poursuivre avec les dirigeants de Suez, Veolia propose de modifier à nouveau son offre sur son concurrent. Non pas sur le prix, qui resterait à 18 euros par action, mais sur la partie qui serait transférée à Meridiam. Alors qu'initialement, seule l'activité Eau France était concernée, Veolia propose désormais de maintenir l'ensemble du pôle français de Suez (eau et déchets) au sein de l'entité qui serait revendue au fonds d'infrastructures. Ce périmètre représente un chiffre d'affaires d'environ cinq milliards d'euros, soit un tiers du total de Suez et plus de 25.000 salariés. Cette solution "assure le maintien de tous les métiers de Suez en France, y compris ses capacités en recherche et développement" et la société disposerait "de la force de frappe nécessaire pour se développer et assurer une concurrence pleine et entière en France", argumentait ce matin Antoine Frérot, le PDG de Veolia, en conférence de presse. Le maintien de l'emploi et des avantages sociaux serait également garanti pour au moins quatre ans à partir de la date de bouclage de l'opération. Le fonds Meridiam serait prêt à suivre son allié dans cette nouvelle proposition.

Cette main tendue aux dirigeants de la cible fait suite à une première proposition d'élargissement du périmètre que Veolia veut céder à Meridiam : faite en octobre dernier, celle-ci prévoyait d'ajouter certains actifs internationaux de Suez, également pour une valeur totale proche de cinq milliards d'euros. Les deux protagonistes étaient proches d'un accord de principe, mais tout était finalement tombé à l'eau.

La nouvelle approche d'Antoine Frérot a pour but de débloquer une situation dans laquelle Suez, à tord ou à raison, se défend ardemment en multipliant les procédures judiciaires et en accélérant les cessions d'actifs prévues dans son plan stratégique 2030. "Au fil de nos échanges avec les représentants syndicaux et les collectivités locales, il est apparu que l'élargissement international de Suez était en réalité une demande des fonds d'investissement" Ardian et GIP, affirme le PDG de Veolia. Ardian travaille sur une proposition alternative depuis le mois de septembre et avec GIP et le soutien de Suez, il a soumis en janvier dernier une lettre d'intention concernant une offre à 18 euros par action - mais qui n'a jamais été suivie d'effet alors que Veolia a déposé son offre à l'Autorité des marchés financiers (AMF) en février. Pour Antoine Frérot, l'inquiétude des salariés et des collectivités concerne en réalité l'intégrité du pôle France de Suez, que sa nouvelle solution est censée assurer.

Suez et l'intersyndicale disent encore non

"Cette solution coûte à Veolia, mais si elle permet de débloquer la situation, nous sommes prêts à y travailler rapidement", a souligné le PDG. En effet, il a admis que les synergies de coûts prévues dans le projet d'origine (500 millions d'euros par an) seraient légèrement moindres sans toutefois donner de précision. "Mais nous comptons bien compenser cette perte par des synergies de développement plus rapides", a-t-il immédiatement ajouté. Seule condition : que Suez renonce à poursuivre les cessions que Veolia considère comme stratégiques, à l'instar des activités dans les déchets en Australie et au Royaume-Uni, qui représentent, selon Veolia, 80% du chiffre d'affaires réalisé par Suez à l'étranger. Mais elles ne correspondent plus aux priorités de Suez 2030, orientées vers l'eau et, dans une moindre mesure, les déchets dangereux, à haute valeur ajoutée. 

Suez a fait preuve de son scepticisme quelques heures plus tard. Tout en indiquant que son conseil d'administration allait étudier cette proposition, la société estime d'ores et déjà que le nouveau périmètre proposé constituerait "un ensemble non pérenne puisque amputé de la croissance et de l'innovation des développements internationaux" et un "retour en arrière" de 20 ans, ce qui impliquerait que les garanties sociales soient biaisées. Lors de sa conférence de presse, Antoine Frérot estime, lui, que les concurrents de Veolia en France, mis à part Suez, étaient des acteurs dont l'activité était nationale et tout autant concurrentiels. Ce qui n'est pas totalement vrai puisque Derichebourg, Paprec et Séché par exemple ont tout de même des activités internationales, même si elles sont minoritaires. En outre, les proches de Suez estiment que le France est devenu un marché moyennement rentable, l'eau faisant face au développement croissant des régies municipales, tandis que beaucoup d'acteurs se battent pour les déchets. Rien n'interdirait toutefois à Suez de se redévelopper à l'étranger. Mais si Veolia comptait rassurer les partenaires sociaux de la cible, c'est raté : l'intersyndicale Suez a rappelé dans un tweet que "la volonté d'avoir un outil de travail à portée internationale est une revendication". 

Suez réaffirme en outre que le prix de l'offre reste inacceptable et sous-valorise considérablement ses actifs. Pour autant, le groupe a accepté les 18 euros proposés par Ardian et GIP au mois de janvier.

Alors que l'AG décisive de Suez aura lieu avant fin juin, la réaction des actionnaires sera importante. La nouvelle proposition rend l'opération plus certaine d'aboutir, mais elle présente une perte en synergies. Dans quel sens les investisseurs arbitreront-ils ? Pour l'instant, la réaction est encore limitée : dans un CAC40 en hausse de 0,35% vers 14 heures, l'action Veolia avançait de 0,3% (à 23,2 euros), tandis que celle de Suez s'adjugeait près de 1%, atteignant les 18 euros.

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