Private Equity
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Cooper-Vemedia donne le signal des LBO en France
Le capital-investissement a surfé sans encombre majeur le tsunami de la pandémie en 2020. Le millésime 2021 commence sur les chapeau de roue en Europe pour les fonds, avec la signature d'une opération d'envergure, en France qui plus est : le LBO (leveraged buy-out) sur Cooper-Vemedia, discret laboratoire pharmaceutique créé en 1907, mais détenteur de produits sans ordonnance emblématiques (Hexomedine, Eunobiol, Insectecran, Baccide…) et qui a connu un développement important au gré de deux LBO précédents.
Voici donc un "LBO ter" : au terme d'un appel d'offres mené par Rothschild et HSBC, le fonds britannique Charterhouse Capital a vendu Cooper à son compatriote CVC Capital Partners (conseillé par Lazard). Le montant n'est pas communiqué, mais selon nos informations, il atteint 2,2 milliards d'euros environ dette comprise. L'accord a été signé au terme d'une concurrence échevelée entre un nombre réduit de fonds (comme Advent ou BC Partners), mais qui étaient très déterminés à remporter cette pépite, à la fois dans un secteur défensif (la santé) et qui a largement bénéficié de la crise sanitaire à travers ses produits d'hygiène.
L'appel d'offres a démarré en décembre et la finale a opposé CVC à un tandem formé du français PAI Partners et le fonds de pensions canadien Ontario Teachers'. Les négociations ont duré jusqu'au week-end. "Pour PAI Partners, la transaction aurait été le signal pour démarrer une nouvelle levée de fonds auprès des investisseurs. Mais CVC avait pour lui un montant de dry powder [argent levé mais en attente d'investissement] très important : il a levé plus de 21 milliards d'euros en juillet dernier", révèle un témoin des négociations.
Charterhouse réinvestit
L'opération devrait rassurer les professionnels du private equity et les banquiers sur l'état du marché en ce début d'année : le multiple est relativement élevé, puisqu'il atteint 14,2 fois l'Ebitda de 2020. La part de dette n'atteint plus les sommets d'avant la crise financière, mais à environ 50%, le montant reste important et démontre la disponibilité des banques pour prêter. Pour faciliter le travail des prétendants et la signature d'un accord, les banques de financement avaient mis en place un staple financing, un emprunt pré-arrangé mis à disposition du vainqueur de l'appel d'offres, qui a vocation à être refinancé par la suite.
CVC ne sera toutefois pas seul au capital de Cooper. Signe de confiance dans l'avenir de l'entreprise, Charterhouse va réinvestir (à hauteur de 20% du capital selon nos informations), de même que le directeur général du laboratoire Bauke Rouwer. CVC accueille aussi à ses côtés l'investisseur spécialisé dans la santé Avista Capital.
Les protagonistes apprécient le profil de croissance de Cooper, qui intéresse les fonds de longue date. La société d'investissement Caravelle l'avait acquis en 2000 auprès du géant pharmaceutique Aventis, alors que Cooper accusait une perte de 100 millions de francs (15 millions d'euros) l'année précédente, pour un chiffre d'affaires de 800 millions de francs. En 2015, forte d'un chiffre d'affaires d'environ 200 millions d'euros et d'un Ebitda d'environ 70 millions, le laboratoire est revendu à Charterhouse pour 700 millions d'euros dette comprise. Son développement s'est poursuivi, notamment grâce à des acquisitions (Hexomedine, Hémoclar…) : en 2020, Cooper a réalisé un chiffre d'affaires de près de 500 millions et un Ebitda de 155 millions d'euros.
D'une envergure plus importante que Charterhouse (qui investit plutôt dans les moyennes entreprises et les ETI), CVC devra porter le développement international de Cooper, dont les ventes à l'étranger représente moins de 10% des revenus. La société veut également se lancer dans la phytothérapie ORL et la prévention et le traitement des allergies aux acariens.
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