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Le Crédit Agricole doit convaincre les actionnaires de Creval
Le Crédit Agricole vient de sauter une deuxième haie dans sa course pour acquérir la banque régionale italienne Credito Valtellinese. Après avoir obtenu le feu vert du gouvernement transalpin le 16 février dernier, l'offre publique d'achat (OPA) annoncée en novembre dernier par Crédit Agricole Italia - la filiale locale de l'établissement français - a reçu lundi soir l'approbation de la Consob, le gendarme de la Bourse italienne. L'opération sera lancée le 30 mars, jusqu'au 21 avril.
Il reste une ultime étape : convaincre les actionnaires. Ce n'est peut-être pas la plus difficile - vaincre les réticences du gouvernement italien étant donné le contexte de crise et de souverainisme économique qui prévaut actuellement en Europe l'était probablement davantage - mais elle n'en sera pas pour autant aisée. En effet, plusieurs actionnaires ont de longue date manifesté leur désapprobation à l'égard des termes de l'offre, tandis que le conseil d'administration de Creval reste silencieux en attendant la publication du prospectus officiel.
Petrus Advisers par exemple, qui détenait en février 3 % du capital de Creval, estime insuffisant le montant de l'offre (10,50 euros par action, soit un total de 737 millions d'euros). Dans une étude publiée sur son site en février, l'investisseur activiste estime que la valeur de Creval seule se situe entre 13,2 et 17 euros, tandis que sa valeur en cas de fusion avec Crédit Agricole Italia grimperait, pour se situer entre 15,3 et 21,10 euros. Hier, le hedge fund Melqart Asset Management (qui détient 4,8 % de Creval) a indiqué qu'il n'apporterait pas sa participation à l'OPA, estimant que le prix ne reflète ni les synergies attendues par le rapprochement (Creval estime les seules synergies de coûts à 100 millions d'euros par an), ni la prime de contrôle. Au total, si l'on ajoute Alta Global et Hosking Partners, les opposants déclarés à l'opération représentent près de 20 % du capital de la banque italienne. Le marché est globalement d'accord et parie sur l'arrivée d'un chevalier blanc : le titre de Creval a constamment évolué au-dessus du prix proposé par Crédit Agricole Italia (il a clos la séance de mardi à 12,17 euros).
De son côté, le Crédit Agricole est resté ferme jusqu'à maintenant. À l'occasion de la présentation des comptes annuels du groupe, son directeur général délégué Xavier Musca a estimé que le prix était bon. "Je remarque qu'il n'y a pas de contre-offre. Je suis donc particulièrement confiant dans le succès final du processus. Au cours des vingt dernières années, il n'y a pas eu d'offre en cash sur une banque italienne. Nous sommes les premiers à le faire", a-t-il ajouté. Crédit Agricole Italia détenait déjà quasiment 10 % du capital de Creval avant la présentation de son projet d'acquisition et indique avoir le soutien d'actionnaires représentant 17,7 % du capital. Le succès de l'offre est conditionné à l'obtention de 66,67 % des droits de vote, mais Crédit Agricole Italia peut renoncer à cette condition si elle a acquis 50 % plus une action de Creval. Signe de son intérêt pour l'établissement italien, elle a modifié la semaine dernière son accord avec la société de gestion d'actifs Algebris : elle achètera sa participation de 5,4 % dans Creval même en cas d'échec de l'OPA.
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