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Carrefour se console au Brésil de son dépit canadien
Après l'échec du rapprochement avec le canadien Couche-Tard en raison du refus du gouvernement français, Carrefour est reparti à l'offensive. Déjà bien implanté sur le marché brésilien, le distributeur a annoncé l'acquisition de Grupo Big auprès du fonds Advent International et du géant américain Walmart. L'initiative n'est pas négligeable : l'ex-filiale de Walmart (dont Advent avait acquis 80 % en 2018) est le numéro trois de la distribution alimentaire dans le pays et les termes de la transaction fixent une valeur d'entreprise de 7 milliards de réais (1,1 milliard d'euros) avant application de la norme comptable IFRS 16 sur les engagements locatifs (qui s'élèvent à 2,2 milliards de réais pour Grupo Big).
Grupo Big possède 387 magasins de divers formats (dont 107 hypermarchés et 97 soft discount et 49 cash & carry), pour un chiffre d'affaires équivalent à 3,8 milliards d'euros et un Ebitda ajusté d'environ 150 millions. Carrefour estime que les synergies liées à l'acquisition lui permettront d'ajouter environ 260 millions d'euros à son Ebitda au bout de la troisième année après son intégration, grâce notamment à l'alignement des marges, à l'amélioration de l'offre commerciale du réseau de Big, au déploiement des services financiers de Banco Carrefour, à la logistique et à la rationalisation des coûts, ainsi qu'à l'exploitation du format commercial premium Sam's Club apporté par Grupo Big, grâce à un accord de licence avec Walmart. "Dans ce pays continent aux perspectives de développement immenses, nous avons accentué depuis trois ans notre leadership sur le marché de la distribution alimentaire et Big vient encore le renforcer par des formats et des emplacements très complémentaires", indique Alexandre Bompard. En effet, Carrefour, qui exploite de son côté 489 magasins pour l'équivalent de 11 milliards d'euros et 880 millions d'Ebitda ajusté, conforte sa position de numéro un au Brésil et creuse l'écart avec un autre géant français de la distribution, le groupe Casino, propriétaire de GPA (Grupo Pao de Açucar) et d'Assai, récemment introduit en Bourse avec succès. La part de marché de Carrefour devrait atteindre 40% suite à l'opération.
Carrefour tirera profit de la profondeur de son implantation au Brésil, puisque sa filiale est cotée à la Bourse de Sao Paulo depuis 2017. L'acquisition sera en effet financée à 70% en numéraire et à 30% par l'émission d'actions nouvelles de Carrefour Brésil qui seront allouées à Walmart et Advent. Ainsi, la participation de la maison-mère Carrefour au capital de sa filiale sera réduite de 71,6% à 67,7%, tandis que les deux vendeurs de Grupo Big en détiendront chacun 5,6%. La part de Peninsula Participaçoes, le holding du milliardaire Abilio Diniz (dont le père fut le pionnier de la grande distribution au Brésil en créant Pao de Açucar), descendra, elle, à 7,2%.
À l'occasion de la publication de solides comptes 2020, Carrefour avait indiqué qu'il renouerait avec ses ambitions de développement. Il a tenu promesse. Sa détermination a convaincu les deux actionnaires de Grupo Big de ne pas poursuivre leur projet d'introduction en Bourse du groupe de distribution alimentaire, pourtant annoncée l'année dernière.
L'opération confirme que les distributeurs français misent gros sur le Brésil, où Carrefour est présent depuis 1975. Doté d'une économie émergente de plus de 210 millions d'habitants, ce pays est l'un des tout premiers marchés alimentaires au monde où beaucoup reste à faire pour rationaliser un secteur de la distribution très atomisé. Il est particulièrement lucratif. Le modèle de l'hypermarché, en berne en France, est encore en fort développement au Brésil. Revers de la médaille, le pays est sujet à de violentes corrections économiques, comme en témoigne la récession qu'il a connue ces dernières années.
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