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Suez montre sa détermination
Malgré les revers, Suez continue à avancer le plus loin possible dans son plan de cession pour pousser Veolia à réévaluer sensiblement son OPA, ou à jeter l'éponge. Le groupe dirigé par le président Philippe Varin et le directeur général Bertrand Camus a annoncé mardi la signature d'un accord conditionnel de cession de son activité Recyclage et valorisation en Australie à Cleanaway, après plusieurs mois de négociation. Les termes financiers sont conséquents : l'actif est cédé pour une valeur d'entreprise de 2,52 milliards de dollars australiens (1,63 milliard d'euros), soit 12,9 fois son Ebitda 2020, accréditant la thèse défendue par Suez de la sous-estimation de l'offre de Veolia. De quoi sérieusement réduire l'endettement de Suez, dont le multiple descendrait sous les 2,8 fois l'Ebitda.
En dehors d'une concordance temporelle, l'opération s'inscrit totalement dans le rapport de force que Suez et Veolia entretiennent : l'activité australienne fait partie de la liste des activités de Suez que Veolia compte absolument conserver en cas de succès de son offre. Suez juge dessus : dans son communiqué, l'accord de cession avec Cleanaway est conditionnel et donc réversible. Indiquant qu'il "continue de souhaiter une solution amicale et négociée avec Veolia", le groupe explique dans quelle mesure la vente à l'acquéreur australien pourrait être annulée : en cas de surenchère par Veolia sur Cleanaway, ou en cas d'une réévaluation de son OPA sur Suez à un prix au moins égal à 22,5 euros avant le 21 avril - conformément à sa contreproposition formulée le mois dernier. À ceci prêt qu'en cas de résiliation de l'accord avec Cleanaway, ce dernier acquerrait toutefois quelques actifs pour 501 millions de dollars.
Cette nouvelle contre-offensive de Suez montre sa détermination à se battre pied à pied pour faire plier Veolia. Alors que ce dernier a pourtant obtenu une victoire essentielle vendredi dernier : l'Autorité des marchés financiers, qui réglemente les opérations boursières, a estimé vendredi que les récentes décisions de Suez pour se défendre contre la tentative d'acquisition de son prétendant (l'activation de la fondation néerlandaise dans laquelle a été logée son activité Eau France pour empêcher Veolia de la revendre au fonds Meridiam et la contre-proposition du consortium Ardian-GIP soutenue par les administrateurs de Suez) portaient atteinte aux règles des offres publiques.
D'une part, l'AMF estime que les conditions posées par Suez pour désactiver sa fondation (si un accord est trouvé avec Veolia avant le 20 avril 2021, ou automatiquement avant le 5 mai 2021 si une offre est formulée à un prix d'au moins 22,5 euros par action) "ne sont pas susceptibles de permettre la désactivation de la fondation que dans des cas limitatifs et contraints", imposant à Veolia soit d'adhérer au schéma du consortium, soit de déposer une offre publique à un prix qui a été fixé "avant que l'expert indépendant mandaté n'ait remis son rapport". D'autre part, l'autorité boursière considère que la soi-disant contre-offre proposée par Ardian et GIP - et qui est censée intégrer Veolia - est dissuasive pour Veolia et peu claire pour les actionnaires de Suez : elle couvre manifestement plus de la moitié du chiffre d'affaires de Suez mais elle reste en même temps peu précise. Son prix de 20 euros par action que, selon le consortium et Suez, elle représenterait "ne correspond pas, en réalité, à un prix ou une valeur que les actionnaires de Suez seraient en mesure de recevoir". De ce fait, toujours selon l'AMF, elle "ne contribue pas à la bonne information des investisseurs", alors que l'offre de Veolia est ferme et porte sur l'ensemble du capital de la cible.
Suez a répondu que l'AMF faisait "une analyse gravement erronée de la situation", qui plus est "en totale contradiction avec la Loi Florange qui autorise la mise en oeuvre de mesures de défense conformes à l'intérêt social contre une offre publique hostile".
Les deux groupes bataillant sur tous les fronts, Veolia a déposé un recours au tribunal de commerce de Nanterre contre la vente d'activités stratégiques par la direction de Suez, qu'il accuse de vouloir dépecer le groupe. Une audience est prévue mardi. Il est possible que l'avis de l'AMF, qui n'est pas allé jusqu'à prononcer une sanction à l'encontre de Suez, joue en faveur de Veolia sur le terrain judiciaire.
Les investisseurs restent prudents : si en début de séance ils avaient pris le parti de Suez à la faveur de l'annonce de son accord avec Cleanaway et fait légèrement baisser l'action Veolia, l'écart entre les deux titres s'est resserré et ils étaient tous deux quasiment stables peu avant la clôture.
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