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Sur les marchés

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L'AMF face au défi des investisseurs particuliers

Comme dans de nombreux autres pays, la Bourse française a vu le nombre de particuliers bondir depuis 2020. Une tendance favorisée par les plates-formes électroniques. Ce qui rend le devoir de transparence encore plus impérieux pour la Place de Paris.
Robert Ophèle - AMF
Robert Ophèle - AMF

2020 a été l'année de l'irruption massive des investisseurs particuliers sur les marchés boursiers, alors qu'ils étaient jusqu'ici considérés comme la dernière roue du carrosse. La démocratisation (à travers les médias sociaux comme Reddit) et la sophistication croissante des plates-formes de trading (comme l'application Robinhood) leur ont permis de profiter de la volatilité extrême des Bourses causée par la crise sanitaire, provoquant des mouvements très violents sur certains titres comme Urban One, Ideanomics, Fangdd Network l'année dernière et jouant parfois contre les traders professionnels, comme l'a illustré jusqu'à la caricature le cas de la société GameStop en janvier dernier.

La montée en puissance des investisseurs particuliers en France n'est pas aussi forte qu'aux Etats-Unis (où 10 millions de comptes ont été ouverts en 2020), elle a néanmoins eu lieu, confirme Robert Ophèle, le Président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) à l'occasion de la présentation du rapport d'activité 2020 du gendarme boursier jeudi matin. Selon les chiffres publiés par l'AMF, la Place de Paris a accueilli 400.000 nouveaux investisseurs particuliers, plus jeunes et plus actifs ; les transactions de particuliers sur des actions cotées en Europe et traitées en France ont atteint le nombre de 60 millions, contre une moyenne d'environ 25 millions les années précédentes. "La tendance se poursuit au premier trimestre 2021, qui a atteint un record avec plus de 18 millions de transactions", appuie Robert Ophèle, président de l'autorité.

Les différences avec les Etats-Unis sont toutefois sensibles, principalement en raison d'un cadre juridique plus strict. Dans l'Hexagone, les particuliers investissent peu en produits à effet de levier en raison des dispositions de product intervention de la directive européenne sur le Marché des instruments financiers (Mif) et le mécanisme du payment for order flow (qui permet aux plates-formes de ne pas facturer de coût à leurs clients et de se rémunérer en orientant les flux d'ordres vers des partenaires) est peu développé, car globalement contraire au principe de meilleure exécution instauré par la directive Mif - le mécanisme explique notamment que les particuliers américains se soient tournés vers les marchés dérivés avec les conséquences que l'on a connu avec le cas GameStop. La "montée en puissance [des investisseurs particuliers], pour être durable, doit se faire sans prises de risques excessifs, que ce soit via des produits à fort effet de levier ou en raison de tarifications qui pourraient apparaitre attractives. Elle doit, par ailleurs, s’accompagner d’un conseil de qualité lorsqu’une recommandation est formulée", résume l'AMF. "La magie du zéro commission est une illusion", prévient Robert Ophèle.

Relevant que l'intérêt des particuliers, pour se pérenniser, dépendra de leur degré de confiance envers les autorités de marché et la communication des sociétés cotées, l'AMF souligne l'importance que les modifications de l'organisation des assemblées générales du fait des restriction sanitaire (en imposant le huis clos) ne se fassent pas au détriment de leur bon fonctionnement. L'autorité regrette à ce titre qu'"aucun émetteur français n'a donné la possibilité d'exercer ce vote électronique en direct pendant l'AG", préférant le vote par anticipation. L'AMF et son président espèrent "vivement" que le vote électronique en séance sera effectif pour la saison des AG en 2022.

La volatilité des marchés en 2020 a à nouveau mis en lumière les faiblesses de l'activité de gestion, qu'il s'agisse du risque de liquidité pour les fonds à fort effet de levier, à l'instar des déboires de H2O AM qui ont pesé sur son ex-maison mère Natixis l'année dernière, ou du risque de valorisation pour des actifs non cotés ou peu liquides. En outre, même si la France n'a pas connu les tensions liées à d'importantes sorties de fonds obligataires corporates ou immobiliers, elle a néanmoins été le témoin des tensions sur les fonds monétaires, comme partout ailleurs. "Ces tensions ont déclenché une intense réflexion, tant en Europe qu'au niveau international (Conseil de stabilité financière et OICV), sur l'adéquation des cadres réglementaires - permettent-ils d'assurer le caractère ouvert des fonds en temps de crise ? - et sur la possible mobilisation d'outils macro-prudentiels réduisant certains comportements pro-cycliques", a expliqué Robert Ophèle.

Autre élément de confiance et de transparence, l'année 2020 a été celle de la finance durable. Mais celle-ci manque encore de standards communs. Or, Robert Ophèle estime que l'"attraction légitime des standards mondiaux", surtout réclamée par les émetteurs, "ne doit cependant ni retarder ni affadir les ambitions européennes". Il a rappelé l'état des avancées en la matière. "Nous avons en particulier posé les premiers éléments de doctrine en matière de commercialisation des produits de gestion collective intégrant des approches extra-financières afin de couper court à la tendance au verdissement de façade des produits financiers", s'est-il réjouit ; l'AMF et son homologue néerlandais AFM ont déposé des propositions pour encadrer des fournisseurs de notations et de données extra-financières.

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