Sur les marchés
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Les marchés actions pourraient maintenir leur bonne orientation
Alors que la première moitié du mois d'avril s'est terminée hier par un triple record absolu à Wall Street, va-t-on voir les investisseurs "sell in May and go away" (vendre en mai et quitter les marchés) ? Ce vieil adage de Wall Street repose sur une tendance supposée selon laquelle les marchés sont plus performants entre les mois d'octobre et mai et qu'ils baissent pendant la période estivale, notamment à la faveur des congés.
En 2020 et 2021, la tendance à la hausse est indéniable. Le Dow Jones Industrial Average (DJIA), le S&P500, plus large, et le Nasdaq-100 (qui n'est pas le Composite) des valeurs technologiques ont chacun atteint un sommet historique, certains de ces indices franchissant même des seuils symboliques. Le DJIA a ainsi dépassé pour la première fois les 34.000 points (pour clore la séance à 34.036), le S&P500 a atteint 4.170 points et le Nasdaq-100 a atteint 14.038 points, battant son record établi seulement deux jours plus tôt. Suivant la même tendance, l'Euro Stoxx 50 a crevé le plafond des 4.000 points aujourd'hui.
Les marchés financiers sont soutenus par deux tendances de fond : la vigueur de la reprise économique aux Etats-Unis, grâce aux mesures de soutien des autorités et de la Réserve fédérale, et le progrès des campagnes de vaccination. Dans ce contexte, plusieurs statistiques publiées ces derniers jours ont conforté le sentiment des investisseurs sur la solidité de la reprise : un rebond plus fort que prévu des ventes au détail en mars, des demandes d'allocations chômage tombées au plus bas depuis plus d'un an, ou encore une production industrielle repartie en petite hausse le mois dernier.
D'un point de vue micro-économique, les premières publications de comptes du premier trimestre par les entreprises cotées confirment également de ce dynamisme en affichant des croissances de revenus et de bénéfices à deux chiffres - en particulier les banques américaines, qui ont vu leurs bénéfices doubler, allant jusqu'à quintupler, grâce à la reprise de milliards de dollars de provisions passées l'année dernière pour créances douteuses, autre signe positif qui signale que les craintes de défaillances ne se sont pas concrétisées.
Le dicton de Wall Street, qui correspond pour beaucoup à l'ancienne économie, est loin de se vérifier dans les faits : essentiellement la troisième année des mandats présidentiels si l'on regarde les rendements historiques du DJIA, tandis que pour le S&P500, on n'observe que deux millésimes négatifs pour la période de mai à octobre sur les 18 dernières années (2008, année de la faillite de Lehman Brothers, et 2011, marquée la crise de la dette souveraine européenne), selon un recensement effectué par le courtier First Trust.
La question d'un retournement de marché peut toutefois se poser dans la mesure où les marchés financiers ont connu une croissance qui défie l'entendement depuis la crise financière : le S&P500 a par exemple bondi de 81% depuis le creux de la mi-mars (sachant qu'il a plus que triplé en 10 ans dans une hausse quasi-continue). Le DJIA avait dépassé les 30.000 points il y a moins de cinq mois. Or les arbres ne montent pas jusqu'au ciel, d'autant plus que, comme chacun en a parfaitement conscience, l'économie mondiale est aujourd'hui montée sur des échasses, qu'il faudra bien retirer un jour.
Mais pour l'instant, aucun signe ne vient assombrir le tableau. Une possible sortie de récession outre-Atlantique dans une échéance relativement proche est un scénario qui gagne un crédibilité, tandis que la Fed a apporté des garanties quant à son intention de maintenir sa politique monétaire accommodante en dépit d'une inflation orientée à la hausse. Les attentes de résultats des entreprises du S&P 500 au premier trimestre continuent d'être réévaluées à la hausse par les analystes. "Même si les valorisations sont plutôt élevées, il y a beaucoup de confiance dans la capacité des géants de la technologie à maintenir leur capacité à générer suffisamment de cash flow pour justifier ces valorisations", a déclaré Tim Murray, stratégiste chez T. Rowe Price Associates interrogé par Reuters.
La baisse du rendement des taux américains hier, en particulier le 10 ans tombé à un niveau inédit depuis 10 ans en séance, ce en dépit des bonnes statistiques américaines, a surpris. Selon certains traders, l'appétit pour les bons du Trésor pourrait refléter la volonté d’investisseurs étrangers de se protéger contre les risques économiques liés à la résurgence des contaminations et à la lenteur de la vaccination dans leurs pays. Toujours est-il que, comme l'explique Tangi Le Liboux, stratégiste chez Aurel BCG, cela constitue "un contexte idéal pour Wall Street, qui peut continuer de battre des records". Le scénario de type "Goldilocks", ou "Boucle-d'Or" en français (des valorisations et un contexte macro-économique à un niveau d'équilibre optimal), est régulièrement évoqué.
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