Entreprises / Actions
Entreprises / Actions
Inetum veut jouer dans la cour des grands
Plus connu sous son ancien nom Gfi Informatique, Inetum a mis plus de temps à atteindre une stature internationale que d'autres entreprises de services numériques (ESN) françaises comme Capgemini, Atos ou encore Sopra Steria, dont il est encore loin. Il compte toutefois grandir à l'ombre de son actionnaire, le fonds d'investissement qatari Mannaï Corporation, qui l'a retiré de la cote en 2018 après avoir acquis progressivement la participation du fonds Apax Partners.
Inetum, qui a présenté mercredi ses comptes 2020 et son plan stratégique pour 2023 "Upscale23", souhaite atteindre la barre des trois milliards d'euros de chiffre d'affaires dans deux ans, dont 500 millions proviendraient d'acquisitions complémentaires ("bolt-on"). L'année dernière, il a encaissé 1,9 milliard d'euros, en baisse de 3% à périmètre et change constants alors que les ESN ont en moyenne accusé un repli de 4,5% en raison de la crise sanitaire. Le groupe dirigé par Vincent Rouaix compte porter sa marge d'Ebitda à 10% et sa marge opérationnelle à 8%, alors que celle-ci est restée stable en 2020 à 6,3% du chiffre d'affaires. Atteindre le niveau de marges des géants du secteur (12% pour Capgemini ou plus de 20% pour Tata Consulting) est pour l'instant illusoire. "Nos marges sont affectées par notre implantation géographique et le mix de nos activités. Nous ne disposons pas de base off-shore en Inde comme certains concurrents qui servent une base de clientèle importante dans le monde anglo-saxon, où nous ne sommes pas présents. Nous sommes un acteur de proximité et nos clients raisonnent davantage en near-shore", explique Vincent Rouaix.
Pour assurer son développement, Inetum compte développer sa clientèle d'Entreprises de taille intermédiaire (ETI), alors que le groupe est historiquement présent dans les grands comptes (BNP Paribas, Société Générale, EDF, etc.). Un segment développé depuis deux ans et qui représente aujourd'hui environ un quart de ses revenus. Une proportion qu'il veut porter vers les 40% dans les trois ans qui viennent. "Nous avons une vraie carte à jouer vis-à-vis des ETI : notre proximité géographique, avec des présences locales fortes, beaucoup d'agilité et le fait que cette catégorie de clientèle a désormais des besoins d'investissements dans le numérique (industrie 4.0, e-commerce, etc.) que ne peuvent pas fournir leurs partenaires ERP traditionnels", assure Vincent Rouaix.
Pour atteindre ses objectifs, Inetum compte capitaliser sur les avancées de 2020, qui fut une année charnière. Outre le changement de nom effectué en octobre, le groupe a acquis en avril Iecisa, la filiale informatique du distributeur espagnol El Corte Inglés. Ajoutant plus de 650 millions d'euros de chiffre d'affaires (permettant au chiffre d'affaires d'Inetum de progresser de 23% à éléments courants), elle a permis à Inetum de réaliser un bond en avant : en taille (le chiffre d'affaires 2019 pro forma représente 2,3 milliards d'euros, réalisé avec 27.000 collaborateurs), en termes d'exposition internationale (Inetum est désormais présent dans 26 pays, la France ne représentant désormais plus que 40% de ses revenus, contre 90% il y a douze ans à l'arrivée de Vincent Rouaix) et de parts de marché (le groupe est numéro 3 en Espagne et numéro 4 en Belgique). Il a également sa présence dans les grands comptes hispaniques, comme les banques BBVA et Santander, ainsi que l'opérateur Telefonica, tous présents en Amérique latine.
L'ambition d'Inetum est d'intégrer le top 5 sur ses principaux marchés lorsque ce n'est pas déjà le cas : Roumanie, Pologne, Mexique, Colombie, Pérou, Chili et en Afrique francophone (Maroc, Tunisie, Sénégal, Côte d'Ivoire, Cameroun).
Entrer sur de nouveaux marchés avec la taille critique (entre 400 et 500 millions d'euros de revenus), comme l'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie, les pays scandinaves, voire l'Afrique du Sud, nécessiterait des acquisitions importantes que le groupe n'est pas prêt à réaliser avant 2022, une fois l'intégration d'Iecisa achevée.
Moins engageantes, des acquisitions complémentaires sont toutefois prévues - Vincent Rouaix estime Inetum capable d'acquérir entre 50 et 100 millions d'euros de chiffre d'affaires par an sur ses propres capacités financières. Elles viseront plutôt à renforcer le groupe dans des métiers autour du numérique, comme la cybersécurité et l'intelligence artificielle, ou renforcer ses activités de services d'intégration autour des plates-formes de SAP ou Salesforce par exemple.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

