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La SNCF tire le jackpot en vendant Ermewa
On dit qu'il ne faut jamais être pressé pour vendre. Très endettée et cumulant les pertes depuis deux ans, la SNCF devrait pourtant vendre Ermewa, sa filiale de location de wagons de marchandise et de conteneurs citernes, à un très bon prix.
La compagnie ferroviaire française a annoncé ce matin l'ouverture de négociations exclusives avec un consortium formé de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) et de la société de gestion d'actifs DWS (filiale de Deutsche Bank), à l'issue d'un appel d'offres concurrentiel organisé par Lazard. Selon nos informations, la valeur d'entreprise sur laquelle se fondent les discussions finales atteint 3,3 milliards d'euros. Soit environ 12 fois l'Ebitda 2020 (271 millions d'euros en 2020 pour 489 millions de chiffre d'affaires). Au départ des négociations, ses espoirs tournaient plutôt autour de 2,5 milliards d'euros.
Commercialement présent dans 80 pays, Ermewa dispose d'une flotte de 100.000 matériels et emploie 1.200 salariés répartis dans une quarantaine de bureaux à travers le monde. Il se présente comme un "spécialiste de la conception, de l’optimisation et de la gestion d’actifs stratégiques pour la chaîne d’approvisionnement mondiale". Sa clientèle est "issue d’industries aussi diverses que l’acier, l’énergie, la construction, les mines, l’agroalimentaire et le transport".
Selon l'accord en cours de négociation, la CDPQ et DWS détiendraient chacun 50% du capital d'Ermewa, tandis que la SNCF resterait un partenaire commercial. Cette dernière explique le choix de ce consortium par la présence de longue date en France en tant qu'investisseurs - ce qui est particulièrement vrai pour la CDPQ, qui est déjà actionnaire de Keolis aux côtés de la SNCF, qui investit fréquemment aux côtés ou au capital de groupes français et qui a ses entrées à Bercy, comme en témoigne la récente acquisition de Bombardier Transport par Alstom. La compagnie ferroviaire évoque également une certaine philosophie. "La CDPQ et DWS ont plus particulièrement une approche d'investissement créatrice de valeur à long terme, fondée sur une gestion diligente des actifs, un actionnariat actif et une gouvernance appropriée, en capacité de financer la croissance organique des entreprises dans lesquelles ils investissent", explique-t-il dans un communiqué.
La cession s'inscrit dans sa volonté de la SNCF de ne conserver que des activités de transport directes, par opposition à la location - pour "devenir un leader mondial de la mobilité durable des voyageurs et des marchandises, avec un cœur de métier ferroviaire et deux actifs stratégiques, Keolis et Geodis", explique Jean-Pierre Farandou, PDG de la compagnie. Il existe aussi une raison plus urgente : le désendettement de la SNCF. Le groupe a perdu 890 millions d'euros nets en 2019 en grande partie en raison de la grève contre la réforme des retraites, tandis que la pandémie a provoqué un trou de trois milliards d'euros. Malgré la reprise de 25 milliards d'euros de dette par l'Etat début 2020 et une recapitalisation de plus de 4 milliards en décembre dernier, l'endettement net représentait 38 milliards d'euros en fin d'année dernière.
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